Belgique

Le parquet de Gand a ouvert une enquête, jeudi, sur le rôle joué par un médecin généraliste dans le décès d'une femme âgée de 87 ans atteinte de démence, le 20 janvier dernier. Le parquet veut enquêter sur les circonstances de cette euthanasie.

L'affaire a été révélée par le médecin lui-même: Marc Cosyns, généraliste à Gand, s'est en effet confié à l'hebdomadaire médical «De Huisarts» - paru hier - qu'il avait aidé une patiente sénile à mourir à un moment où elle était «lucide». Il lui a donné une boisson contenant des barbituriques; la vieille dame est décédée quelques minutes plus tard.

Si le praticien, qui enseigne notamment les méthodes d'accompagnement des personnes en fin de vie à l'Université de Gand, évoque publiquement cette euthanasie (qui n'entre pas dans les cas prévus par la loi de 2002 dépénalisant l'euthanasie sous conditions), c'est pour relancer le débat.

La loi de 2002 organise une exception légale si le médecin qui pratique une euthanasie respecte une série de conditions prévues par la loi. Il doit ainsi s'assurer que le patient majeur, capable et conscient, formule sa demande de manière volontaire, réfléchie et répétée, et que celle-ci ne résulte pas d'une pression extérieure. Le patient doit encore se trouver dans une situation médicale sans issue et faire état d'une souffrance physique ou psychique constante et insupportable. Les personnes souffrant de démence n'entrent pas dans ce cadre.

Avis d'un second médecin

Le docteur Cosyns suivait sa patiente depuis de longues années; elle avait toujours indiqué qu'en cas de démence éventuelle, elle opterait pour l'euthanasie. On lui a diagnostiqué une démence vasculaire. Elle a dû être plusieurs fois hospitalisée. Elle avait peur de devoir rester à l'hôpital et refusait d'aller en maison de repos. «Après sa dernière prise en charge, elle ne pouvait plus marcher. La première semaine après sa sortie de l'hôpital, nous avons encore tout tenté et mis en place un service de soins à domicile», a expliqué Marc Cosyns à l'agence Belga. «Au moment où elle était lucide, elle a indiqué qu'elle voulait mourir», répète le médecin. Le généraliste a alors pris contact avec un collègue, qui ne pouvait pas se rendre le soir même au domicile de la vieille dame. Le lendemain, la patiente était tout à fait confuse, ne se souvenant plus de ce qu'elle avait réclamé le soir précédent. Le mercredi 18 janvier, la patiente a eu un autre moment de lucidité: un second médecin a émis, par écrit, un avis favorable pour une euthanasie. La patiente est décédée deux jours plus tard.

Pour le docteur Cosyns, tout était en ordre d'un point de vue légal; il a pris l'avis d'un second confrère. D'un point de vue théorique, il s'agit d'un suicide, la patiente ayant bu elle-même le verre, ce qui n'est pas punissable, ajoute-t-il.

Le président de la commission fédérale d'évaluation de l'euthanasie, Wim Distelmans, a déjà plaidé pour un élargissement de la loi aux personnes dont les fonctions cérébrales sont diminuées et qui en ont fait la demande préalable. Actuellement, ce «testament de vie» est uniquement valable pour les patients qui se trouvent plongés dans un coma irréversible.

De leur côté, les sénatrices Jeannine Leduc (VLD) et Jacinta De Roeck (SP.A) ont chacune introduit une proposition afin d'élargir le bénéfice de la loi sur l'euthanasie aux personnes qui n'ont plus conscience de leur propre personne. Mais la loi dépénalisant l'euthanasie sous conditions est en vigueur depuis un peu plus de 3 ans: il est peu probable que le Parlement se risque à déjà la modifier.

© La Libre Belgique 2006