Les bandes urbaines : mythe ou réalité

J.-C.M. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Le procès, devant les assises de Bruxelles, de cinq membres de la bande urbaine bruxelloise des Black Wolves accusés du meurtre, en octobre 2005, de Lionel Isenge, considéré comme le leader d'un autre "gang", les Finest, est entré mercredi dans sa dernière ligne droite, avec les plaidoiries des parties civiles et le réquisitoire du ministère public.

Ce procès a permis d'en savoir davantage sur ce qu'on appelle parfois un peu vite "le phénomène" des bandes. Comme l'a relevé le magistrat fédéral chargé jusqu'il y a peu de ce type particulier de criminalité, au début des années 90, la presse citait parfois l'existence de 500 à 600 bandes urbaines sur le territoire de la capitale. Une grossière exagération faite à une époque où les autorités judiciaires demeuraient mal organisées pour analyser et traiter le problème.

C'est alors que fut créée une banque de données composée d'un fichier général stockant les données relatives aux délits commis par les bandes (quatorze infractions sont jugées spécifiques) et d'un autre s'intéressant aux membres présumés de celles-ci.

Pour être considéré comme membre d'une bande, il faut correspondre à un profil déterminé. Dans le cas qui nous occupe, les cinq accusés étaient tous fichés comme tels.

Mais la vérité est qu'il n'est pas facile de déterminer quand le regroupement régulier de jeunes autour d'activités communes peut être considéré comme constitutif d'une délinquance propre aux organisations criminelles.

Pour le porte-parole de la zone de police de Bruxelles-Capitale-Ixelles, Christian De Coninck, "il y a bande urbaine quand des jeunes s'organisent pour commettre des délits de façon récurrente et agissent de manière structurée". Au sein de la zone, tout comme au parquet de Bruxelles, une cellule spécialisée suit de près le phénomène. En quelques années, la police locale a arrêté une cinquantaine de suspects pour des faits graves, mais elle mène aussi un travail préventif payant. Pour M. De Coninck, Bruxelles n'est pas Chicago et la Belgique n'est pas les Etats-Unis.

Abus de langage

Eric Janssens, président de l'Union francophone des magistrats de la jeunesse, ne dit pas autre chose quand il dénonce l'abus de langage de ceux qui parlent de bande urbaine dès que trois jeunes se rassemblent en un endroit donné.

"De tout temps, les adolescents ont eu tendance à se regrouper. C'est un comportement naturel et sans danger. Ce qui est en cause, ici, c'est le fait de voir des jeunes souffrant de carences familiales trouver leurs références dans la fréquentation de groupes qu'aucune autorité adulte ne prend en main ou qui sont, au contraire, manipulés par des éléments plus âgés. Le risque de dérapage se situe à ce niveau."

La meilleure façon d'enrayer la mécanique infernale, c'est, aux yeux de M. Janssens, de "casser la loyauté à la bande" par une prise en charge appropriée du jeune et le développement de projets de vie. "Mais le noeud du problème se situe dans le suivi. La loi sur la protection de la jeunesse est un formidable outil et les services éducatifs font du beau boulot; mais ce qui manque, ce sont les moyens financiers et humains pour assurer une réponse relationnelle sur le long terme. C'est la seule façon d'éviter que le jeune retombe dans l'ornière."

J.-C.M.

A lire également

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM

Facebook