Belgique

Le syndicat CGSP-Cheminots dénonce des pressions subies par les agents SNCB de la part de leurs responsables afin de ne pas faire grève ou de revenir sur leur déclaration d'intention. Des primes pour les non-grèvistes et des intimidations sont évoquées.

En raison d’un mouvement de grève nationale le 13 février, la circulation de tous les transports en commun belges sera perturbée, dont le trafic ferroviaire. La SNCB assurera ainsi, comme le veut la loi, un service minimum. Ce mouvement courra du mardi 12 février à 22h jusqu’au lendemain à la même heure. Dans les faits, les agents du rail qui entendent faire grève dès demain ont dû déclarer leur décision 72 heures avant leur arrêt de travail (soit samedi passé), via un formulaire transmis par leur employeur.

A charge alors pour celui-ci de déployer un "plan de transport alternatif" en remplaçant les grévistes par des travailleurs susceptibles de prendre leur poste, et de communiquer le nouveau plan de transport 24 heures à l'avance. La loi précise également que seuls les métiers du service opérationnel doivent se prononcer (à savoir les conducteurs de train,les accompagnateurs et les dépanneurs par exemple) via la déclaration d'intention. "Or, il a même été demandé à des guichetiers de se prononcer alors qu'ils ne sont pas concernés. La direction n'a pas le droit de faire ça", dénonce Thierry Moers, secrétaire national à la CGSP Cheminots.

Selon lui, le droit de grève est totalement baffoué par la direction de la SNCB. "Je sais par exemple qu'à Lierre, il manque d'agents Infrabel de nuit. Du coup, le responsable là-bas a passé des coups de fils à certains grévistes pour leur proposer de travailler tout en touchant une prime de rappel. On leur donne une carotte alors que ce n'est pas du tout prévu, la direction ne joue pas son rôle, elle devrait respecter le choix du travailleur qui est libre de se positionner par rapport au fait de prendre part au mouvement de grève ou non", explique-t-il. D'ailleurs, selon la réglementation en vigueur, aucune prime de rappel n'est prévue en cas de grève.

Des pressions exercées sur le personnel

"Ont met une pression sur les agents comme chez Total, on menace par exemple ceux qui voudraient faire grève de ne pas avoir leurs congés quand ils souhaitent, on fait tout pour qu'ils changent d'avis, alors qu'il faut respecter les déclarations d'intention des agents", relaye Thierry Moers.

Cet ancien conducteur de train dénonce également des promesses de la part de certains responsables liées à des primes proposées aux agents qui décideraient de ne pas faire grève ou à ceux qui changeraient d'avis et donc de se rendre au travail ce mercredi.

Selon un avocat spécialisé en droit du travail à Bruxelles, "un travailleur qui ne fait pas grève ne peut pas être favorisé par rapport à un autre, ces primes posent la question d'avantager certains travailleurs. Le droit de grève est protégé en Belgique, mais ça veut seulement dire que l’employeur ne peut pas prendre des actions en vue d’empêcher la tenue de la grève. Ici c’est différent, c’est plutôt une incitation financière pour que la grève ait le moins d’impact possible sur l’activité de la société. Mais c’est clair que le principe est discutable sur le plan de la moralité parce que ça ressemble à du chantage financier. Mais légalement ça me parait autorisé en l’absence d’interdiction", explique-t-il.

"On a donc demandé aux agents de rassembler toutes les preuves pour qu'on puisse écrire au ministre et démontrer que la direction ne respecte pas la loi sur le service minimum", assure-t-il. Du côté de l'employeur juridique du personnel des Chemins de fer, HR Rail, on nous explique qu'il n'y a pas de primes particulières, "ça ne semble pas fondé. Ce genre de primes n'a pas lieu d'être au sein d'un service public. De plus, nous n'avons pas noté de pressions particulières pour cette grève, les questionnaires d'intention ont été remis dans les temps sans difficulté", rapporte Marie-Anne Bury, porte-parole de HR Rail.

Certains agents expliquent également avoir reçu des SMS tous les jours la semaine dernière, évoquant une forme "de harcèlement moral" (photo ci-contre), alors que leur déclaration de suivre le mouvement de grève avait déjà été formulée à l'égard de leur responsable. Thierry Moers explique par ailleurs que des employés ont reçu des primes de rappel lors de la dernière grève, quand d’autres ont dû occuper des fonctions à responsabilités pour lesquelles ils n’avaient pas reçu de formation adéquate.

SMS reçu par un cheminot avant la grève. © DR

Des risques sur le plan de la sécurité

Les méthodes de certains responsables sont vivement critiquées par la CGSP Cheminots, et ces dernières pourraient entraver le trafic ferroviaire selon eux. "Des agents sont parfois seuls dans certaines cabines de signalisation ou doivent enchaîner des shifts de 22h-6h et 6h-14h à la chaîne, ce qui peut se révéler être dangereux pour la bonne circulation des trains. D'autres agents ont encore fait remonter des infos comme quoi certains collègues à des postes cruciaux se retrouvaient seuls dans l'exercice de leurs fonctions. A vouloir faire à tout prix circuler les trains, la SNCB met donc en danger les navetteurs", regrette Thierry Moers.

Le syndicat socialiste compte donc envoyer un courrier au ministre de la Mobilité dans les jours à venir pour démontrer le non-respect de la SNCB dans le cadre du service minimum avec de nombreuses preuves à l’appui.

Thierry Moers de la CGSP Cheminots. © DR