Belgique Etre chiite à Bruxelles n’est pas une chose simple. Tel est le constat de l’enquête ethnographique menée par Anne-Claire Orban, anthropologue et spécialiste des enjeux de l’islamophobie.
"J'ai la boule au ventre"

Samia, 53 ans, des insultes régulières

" Au travail, ils ne doivent pas savoir que je suis chiite ." Samia, enseignante dans le secondaire à Bruxelles, préfère se cacher. " Vous savez, à l’école, j’entends tout un tas de choses horribles à propos de la communauté. Les remarques sanglantes viennent la plupart du temps des jeunes élèves, ceux qui ont entre 15 et 20 ans . Ces discours, ils les entendent dans leur famille mais aussi dans certaines mosquées " , raconte-elle. Cette mère de deux enfants a également préféré taire ses convictions lorsqu’elle a suivi une formation en langue arabe, pendant deux ans. Son mari, qui travaille dans un centre chiite de la capitale, fait régulièrement face aux insultes, aux menaces, ainsi qu’au jet d’œufs sur la façade du bâtiment.

Hassna, 28 ans, vivre dans le secret

" Il se peut que je raccroche brusquement. Je ne veux pas être entendue " , chuchote Hassna, en plein travail. La jeune femme se trouve en effet dans une situation délicate. Elle a préféré cacher à son futur époux sunnite avec lequel elle se marie ce week-end les croyances de ses parents. " J’ai la boule au ventre. J’ai peur que cela crée des ennuis et que cela amène à une annulation du mariage s’ils l’apprennent , explique-t-elle très émue . Moi, je ne suis ni sunnite ni chiite, mais lorsque j’entends des discours de haine, je serre les dents et je ne dis rien . Très peu de personnes savent que ma famille est chiite, nous préférons vivre dans le secret " , explique la future mariée.

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