Belgique

Depuis quelques mois, un phénomène peu anodin se produit dans de nombreuses communes wallonnes. Un certain nombre d’entre elles a procédé à des licenciements au sein de leur personnel. Un processus qui n’est manifestement pas prêt de s’arrêter à en croire les nombreux bourgmestres que nous avons contactés. Actuellement, on estime à près de 130 000 (100 000 équivalents temps plein) le nombre d’agents qui dépendent des 262 communes de Wallonie. L’Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) estime qu’à terme, près de 6 500 postes seront supprimés (5 %). Mais pour certains bourgmestres (lire ci-dessous), ce chiffre sera beaucoup plus important.

Les moyens financiers ne suivent pas

Actuellement, en ce compris les départs naturels non remplacés, on évalue le nombre de postes supprimés ces derniers mois à près de 1 700 unités. Précisons que tous ces départs ne sont pas forcément des licenciements secs. Dans certaines communes, par exemple, lorsqu’un service de nettoyage est supprimé, les membres du personnel sont en fait transférés vers des structures privées. Il n’empêche que ce genre de situation a de quoi inquiéter.

La raison principale invoquée par les communes ? La charge financière de plus en plus importante qui pèse sur leurs épaules. On citera, en vrac, le paiement des cotisations patronales pensions, la dotation des CPAS en augmentation suite aux exclusions du chômage, une diminution des recettes et l’accélération des dépenses comme le révélait une étude Belfius de juin2013.

Il faut rajouter à cela la réforme des services Incendie qui aura, manifestement, un impact important sur les finances locales. "On est au bout du bout. Lorsqu’on licencie dans les communes, il s’agit d’un signal d’alerte qui n’est pas anodin. Ce sont des événements comme ça qui feront peut-être comprendre où on en est dans les communes", explique-t-on à l’UVCW.

Beaucoup d’observateurs et de bourgmestres pointent les autres niveaux de pouvoir, qui reportent sur les communes nombre de compétences et ce, sans que les moyens financiers suivent réellement.

Puiser dans le bas de laine

Sur les licenciements au sein des communes wallonnes, une petite nuance doit cependant être apportée. Par le passé, nombre de communes se sont montrées particulièrement généreuses dans leurs recrutements. "Certains profitent de la crise pour se séparer du personnel surnuméraire" , explique une source communale.

D’autres conséquences, par contre, pourraient également être rapidement mises à jour. Belfius évoquait en juin dernier un recul des investissements au sein des communes (20 % en moyenne). "Le niveau local est celui qui investit le plus. Cela représente près de 800 millions d’euros annuellement. La moitié de l’investissement au niveau public est local alors que nous ne représentons que 5 % de l’endettement global du pays" , explique encore l’UVCW.

A moyen terme, les communes ayant un bas de laine plus ou moins confortable devront y puiser pour combler les trous. De nouvelles taxes devraient être votées afin de compenser les pertes financières. Et c’est finalement le citoyen qui payera la facture. Si l’assainissement est présenté comme une vertu dans les autres niveaux de pouvoir, les communes craignent que ce soit à leur détriment.

"Tout le monde se tait à cause des élections"

La commune d’Andenne a procédé ces derniers mois à une quinzaine de licenciements au sein du personnel communal qui compte près de 385 personnes. Les licenciements sont intervenus à la Ville, au CPAS et à la Régie. Claude Eerdekens (PS), bourgmestre de la commune explique : "Le problème c’est que l’on doit jouer sur la réduction des dépenses et l’augmentation des recettes. Je suis convaincu que de très nombreuses communes wallonnes ne passeront pas l’année 2014 au chaud."

Les propos qui sont tenus dans ce domaine par le bouillant député-bourgmestre sont parfois jugés excessifs par d’autres. Il n’empêche que Claude Eerdekens n’a de cesse de tirer la sonnette d’alarme. "D’ici à 2018 on peut s’attendre à près de 30 000 licenciements au sein du personnel des communes wallonnes. Elles vont droit à la banqueroute. Licencier du personnel constitue vraiment la dernière solution."

Notre interlocuteur pointe les différents problèmes qui pèsent ou pèseront prochainement sur les finances locales. "La hausse des cotisations patronales pensions ont un impact énorme sur les zones de police. Entre 2014 et 2020 pour les cinq communes qui composent notre zone le surcoût atteindra les 9 millions d’euros. C’est trois fois plus que la dotation octroyée aux communes. Il y a également le transfert pour les zones de secours de compétences de la protection civile. Cela aussi a un coût. Parlons aussi des exclusions du chômage qui auront un impact sur la dotation du CPAS. A Andenne nous avons constitué un petit matelas mais il n’est pas inépuisable. Je ne vois pas de solution, tout le monde se tait parce que les élections arrivent mais il faudra en parler tôt ou tard."

A Andenne, le bourgmestre nous l’assure, la moitié des personnes licenciées par la Ville au mois de novembre dernier ont déjà retrouvé du travail.