Belgique

ÉCLAIRAGE

Elio Di Rupo a eu parfaitement raison de rappeler à Namur que son alter ego flamand, Yves Leterme, a une fâcheuse tendance à réécrire l'Histoire. Au risque de heurter le ministre-Président flamand (qui fit déjà preuve de cette méconnaissance historique en 2004 alors qu'il présidait le CD&V) mais aussi des confrères qui ont généreusement repris cette thèse, ces derniers jours, jamais les lois linguistiques qui les ont mises en place n'ont prévu que les «facilités» devaient s'éteindre un jour.

Après la disparition de pratiquement tous les acteurs qui ont participé à l'élaboration de ces compromis politiques, il est tentant d'affirmer que les facilités n'étaient que transitoires. C'est cependant remettre en question une pierre d'angle de la réforme. Certes, dans les travaux préparatoires, des voix flamandes s'étaient prononcées pour qu'elles soient temporaires mais in fine, de larges majorités s'étaient dégagées pour qu'elles deviennent permanentes.

Flash-back et «mea culpa» francophone à la fois: les questions linguistiques n'auraient pas pris l'importance qu'elles ont si les hommes politiques wallons n'avaient encouragé l'unilinguisme régional qui devint un fait par une loi du 28 juin 1932.

Une frontière linguistique virtuelle naissait mais s'accompagna de l'octroi de facilités de fait pour les minorités. Un bilinguisme externe était accordé si 30 pc de la population en faisait la demande. Et certaines communes passèrent d'une «région» à une autre! Dans cette optique, le volet linguistique du recensement décennal était une référence incontestable et incontestée. Trop aux yeux des flamingants qui décidèrent de le négliger voire de le torpiller. Conséquence: les résultats de 1947 ne furent publiés qu'en... 1954. Malgré cela, Evere, Ganshoren et Berchem devinrent bruxelloises alors que Wemmel, Linkebeek, Drogenbos et Kraainem devenaient bilingues. C'en était trop pour le Mouvement flamand qui incita les bourgmestres flamands à ne plus distribuer les volets linguistiques du recensement. Dans la foulée, il fit pression pour fixer définitivement la frontière linguistique. Cette dernière fut donc fixée faute de données objectives et si six communes autour de Bruxelles obtinrent des facilités, beaucoup d'autres telles Beersel, Overijse, Dilbeek, etc., devinrent définitivement flamandes malgré la présence d'importantes minorités francophones.

Le marchandage politique qui les sacrifiait comprit en contrepartie le caractère permanent des facilités. Arthur Gilson (PSC), leur «père» malgré lui, le confirma, jusqu'à son dernier souffle: si le long de la frontière linguistique, on envisagea -mais on ne vota pas- leur extinction potentielle, cet aspect ne fut jamais évoqué pour la périphérie bruxelloise pour la raison précitée.

Mieux: si on se réfère aux textes de l'époque, l'on apprend que Jan Verroken (CVP), le rapporteur du projet, par ailleurs à la base de l'expulsion de l'université francophone de Louvain, avait présenté le texte comme «la base d'une loi durable» où il s'agissait de fixer un avenir sans reprendre à terme un droit...

© La Libre Belgique 2006