Belgique

Travailleurs, chômeurs, allocataires sociaux, malades, aînés, jeunes, femmes, étrangers, justiciables, pauvres… manifesteront ce mardi dès 11 h 30 dans les rues de Bruxelles contre le gouvernement Michel. Les raisons de la colère qu’exprimeront les syndicats en front commun sont aussi nombreuses que les mesures décidées par l’équipe MR-N.VA-CD&V-Open VLD.

"La coupe est pleine", dit le message véhiculé par les syndicats chrétien (CSC), socialiste (FGTB) et libéral (CGSLB). "Nous en avons plus qu’assez des attaques permanentes du gouvernement et des employeurs qui visent l’argent et les droits des travailleurs." Ils dénoncent, entre autres, la "loi Peeters" qui prévoit une annualisation du temps de travail dont l’effet est d’accroître la flexibilité au bénéfice des seuls employeurs.

Le front commun syndical sera rejoint par un large mouvement associatif qui proteste en chœur contre les récentes décisions gouvernementales. Ainsi, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP) portera la voix des "gens de peu" en situation de précarité, de chômage et d’exclusion sociale.

Coups de canif dramatiques

Pour le RWLP, la question du travail "décent, adapté, partagé, choisi, accepté, avec un revenu correct qui offre plus que la survie à toutes et tous" est centrale. Or les mesures gouvernementales visent d’abord à culpabiliser et sanctionner les personnes sans travail, dit-il. Il faut d’abord assurer un revenu et un logement avant d’envisager un accompagnement des personnes qui ne trouvent pas de place sur le marché de l’emploi, martèle le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté.

Lequel viendra répéter son opposition au projet individualisé d’intégration sociale ( PIIS ) désormais imposé aux bénéficiaires d’un revenu d’intégration (ex-minimex). Ce contrat obligatoire et la perspective d’un service communautaire sont "des coups de canif dramatiques dans l’organisation de la solidarité collective, dans la conception du travail social et de l’accompagnement social" , scande le Réseau wallon.

En dépit de nombreux avis, de toutes les critiques et même des résultats de l’étude que lui-même a commandée, le ministre de l’Intégration sociale, Willy Borsus (MR), s’obstine dans une direction qui va appauvrir des personnes, des ménages, des communes, ajoute l’association.

Fragilisation

L’étude souligne encore que si le Plan individualisé devient une condition de l’octroi du revenu d’intégration, il risque de se transformer en instrument de précarisation et d’exclusion de ce qui constitue le dernier filet dans le système social belge. "Un PIIS pouvant donner lieu à des sanctions financières serait éthiquement peu défendable et pratiquement contre-productif" , précisent d’ailleurs les chercheurs.

A cela s’ajoute que le gouvernement Michel a ouvert, vendredi, la liaison du revenu d’intégration sociale (RIS) à l’accomplissement d’un service à la communauté . "Comment le terme volontaire peut-il coexister avec contrainte et sanction ?" , interroge le RWLP. Il craint que des emplois publics seront fragilisés et réduits à travers ces services à la communauté qui ne coûteront rien à l’employeur. "L’ensemble de ces mesures vont affecter l’emploi, le volontariat, le bénévolat, le travail… pour conduire vers un esclavagisme galopant." 


Une participation plus limitée

La question des chiffres. Ce sera donc la troisième grande manifestation organisée à Bruxelles par les syndicats contre le gouvernement de Charles Michel depuis ses débuts en octobre 2014. L’un des enjeux, c’est de savoir si les organisations de travailleurs mobilisent encore autant. En novembre 2014, elles faisaient descendre près de 120 000 personnes à Bruxelles. Le 7 octobre 2015, elles y emmenaient encore autour de 100 000. Les syndicats pensent qu’il sera difficile de rééditer ces scores. "On a eu à peine trois semaines pour mobiliser , argumentent-ils. Et on a été fort occupé par les élections sociales." En off, un militant estime que "40 000 à 50 000 personnes, ce serait un bon score" .

Les perturbations. Il vaudra mieux éviter de prendre sa voiture pour joindre Bruxelles ce mardi. Le centre risque d’être sérieusement embouteillé. Pas de problème pour y arriver : les trains rouleront normalement. Huit convois supplémentaires ont même été prévus. En revanche, des perturbations sont à craindre sur le réseau de la Stib, comme sur ceux de Lijn en Flandre et des Tec en Wallonie.