Belgique

Il y a quelques années, l'ancien ministre des Affaires sociales Frank Vandenbroucke (SP.A) avait provoqué un fameux tollé en annonçant qu'il envisageait d'organiser une loterie pour attribuer aux diplômés en kinésithérapie l'agréation Inami dont ils ont besoin pour pouvoir ouvrir un cabinet. Le projet n'a cependant jamais vu le jour. Dans le chef de son auteur, il n'en avait d'ailleurs sans doute jamais été vraiment question. Il s'agissait avant tout de faire peur pour forcer les Communautés à débloquer le dossier.

Voulant réduire la pléthore, le gouvernement fédéral avait en effet décidé trois ans plus tôt que le nombre de diplômés qui bénéficieraient de l'intervention de l'assurance maladie-invalidité (Inami) serait à l'avenir limité. Les quotas fixés à l'époque sont cependant drastiques: 270 agréations seraient réservées à l'enseignement de la Communauté flamande et 180 à celui de la Communauté française. Trop drastique sans doute au départ. Il sortait à l'époque 1800 diplômés par an rien qu'en Communauté française. Une sélection aurait provoqué un véritable carnage. Du coup, les Communautés, compétentes en matière d'enseignement, n'ont voulu - ou osé - instaurer de numerus clausus pour sélectionner les futurs diplômés, à l'instar de ce qui s'est fait dans les études de médecine. Elles ont fait la sourde oreille pendant quelques années. Jusqu'au jour où Frank Vandenbroucke, confronté à la colère des organisations professionnelles de kiné qui le pressaient d'intervenir, a frappé du poing sur la table et lancé son ultimatum.

La réaction ne s'est pas fait attendre. Des discussions ont eu lieu et finalement, l'idée de sélectionner les diplômés sur la base d'un concours a été retenue. Encore fallait-il le mettre en application. Frank Vandenbroucke étant parti, c'est à son successeur, Rudy Demotte (PS), que revenait le soin d'organiser concrètement le concours prévu, pour la première fois, cette année encore.

Sélection limitée

Le projet d'arrêté est prêt. Il vient d'être communiqué au Conseil des ministres, qui devrait l'approuver formellement après le congé de Carnaval.

Le texte détaille les modalités pratiques du concours. Il précise notamment que l'examen ne s'adressera qu'à ceux qui veulent exercer en tant qu'indépendant (les diplômés qui se destinent au travail en milieu hospitalier ou en maisons de repos et de soins sont dispensés). Les questions - rédigées par une commission composée de profs, de fonctionnaires et de professionnels - ne porteront par ailleurs pas sur les connaissances médicales, mais sur l'aptitude à gérer un cabinet de kinésithérapie.

Le concours sera organisé par le Selor chaque année en juillet, sauf en 2005, où il sera programmé durant le second semestre. Pourront y participer tous les étudiants inscrits en dernière année de kiné soit à l'université soit dans une Haute école. Les meilleurs seront retenus. Leur nom sera donné par ordre alphabétique.

Le concours ne sera cependant organisé que si le nombre de candidats à l'agréation dépasse de 10 pc le quota fixé par le gouvernement. Ce qui signifie que si moins de 198 diplômés sortis d'une école de la Communauté française demandent une agréation Inami, ils seront tous acceptés sans examen. Et ce n'est pas que pure hypothèse. En dernière année, il y a actuellement 700 étudiants (520 en Haute école et 180 à l'université). Mais parmi eux, on dénombre seulement 216 Belges. Les autres diplômés devraient donc en principe ne pas exercer en Belgique et rentrer dans leur pays. Et dès lors, ne pas participer au concours.

© La Libre Belgique 2005