Belgique

Y aurait-il désormais un "politiquement correct juif" en Belgique ? La question n'est point provocante après un nouvel incident qui frappe cette fois l'Union des progressistes juifs de Belgique.

On se rappellera que lors du dîner du Consistoire central israélite à l'occasion de son bicentenaire, les responsables de la synagogue libérale de Bruxelles avaient été privés d'agapes sous peine de voir l'importante communauté conservatrice d'Anvers boycotter le dîner du 200e anniversaire.

Cette fois, c'est l'Union des progressistes juifs de Belgique qui constate que son courant n'a pu s'associer dignement à la célébration de la mémoire des siens victimes de l'horreur nazie. En attestent des gestes d'ostracisation qu'on croyait révolus face au silence dont on doit faire preuve à l'égard des victimes de la Shoah.

En cause : le choix délibéré d'écarter l'UPJB de la célébration des 65 ans de l'insurrection du ghetto de Varsovie en l'oubliant dans le comité de patronage pour lequel elle avait été sollicitée mais aussi dans le programme officiel, attestant par là que ce n'était pas un oubli.

Le vilain petit canard

Trop respectueux du souvenir des Juifs broyés par l'horreur nazie, l'Union et son président Henri Wajnblum n'ont pas voulu faire scandale au moment de l'hommage mais il leur est particulièrement pénible d'accepter cet état de fait. C'est pourquoi ils s'en expliquent dans leur mensuel qui sortira lundi. "La Libre" a pu prendre connaissance de ce qui est plus une douleur qu'une frustration.

Résumons : invitée à parrainer la cérémonie du 13 avril à Bruxelles, l'UPJB a constaté avec surprise que son nom n'apparaissait pas sur les affiches publiées dans diverses revues communautaires. "On nous expliqua, commente le président de l'Union, que les affiches avaient été réalisées avant que la demande nous soit faite de joindre le comité national, mais que l'UPJB apparaîtrait dans le programme comme membre dudit comité national. Quelle ne fut pas notre stupeur, peu avant la cérémonie, de nous entendre dire que, malheureusement, le nom de l'UPJB ne pourrait apparaître en raison de certaines oppositions. Nous avons tenté d'en savoir plus et on a appris que certaines associations, dont on nous a tu les noms, membres de la Fondation du Judaïsme de Belgique s'étaient farouchement opposé à la mention de notre nom, allant jusqu'à menacer de boycotter la cérémonie et d'appeler à son boycott".

L'UPJB ne désirant pas prendre le risque de voir cette cérémonie se terminer en foire d'empoigne intracommunautaire a alors dit s'associer à l'événement et a acheté un encart dans le programme officiel.

Reste évidemment le fond. Pour l'UPJB, "l'excommunication semble être un jeu fort prisé au sein de la Communauté juive. Nous en avons déjà connu une en février 2002, ayant demandé notre adhésion à la commission nationale de la Communauté juive pour la Restitution dont il était évident que les organisations membres fourniraient le contingent de la Fondation du judaïsme de Belgique chargé de gérer les intérêts des capitaux issus des biens juifs en déshérence. Face au refus de réponse, l'UPJB avait interpellé Guy Verhofstadt, mettant les points sur les "i" : les progressistes juifs ne sont pas de moins bons Juifs que les autres mais leur position sur Israël et la question palestinienne dérange visiblement beaucoup de monde ! Le Premier ministre avait promis d'agir pour que toutes les sensibilités communautaires soient représentées. Mais rien ne vint ou se fit. Pas l'ombre d'un écrit mais des commentaires oraux à peine gênés !"