Belgique A prendre en compte en ces temps de grandes transhumances routières estivales : selon une étude menée par le Centre d’investigations neurocognitives et neurophysiologiques de l’Université de Strasbourg, les régulateurs de vitesse augmenteraient les risques de somnolence et donc d’accidents sur les routes.

Les limiteurs de vitesse, qui équipent de plus en plus de voitures, ont cet avantage qu’ils permettent à l’automobiliste de régler sa vitesse en-dessous des limitations et d’être assuré d’échapper aux contrôles radars ou en tout cas à la sanction qui accompagne les excès de vitesse. Mais le revers de la médaille, s’il faut en croire l’étude strasbourgeoise, est que ce dispositif peut engendrer une conduite dangereuse.

Ainsi, les conducteurs qui utilisent un régulateur de vitesse resteraient trop souvent sur la file de gauche. "En raison d’une vitesse plus difficile à moduler, ces équipements incitent les conducteurs à rester plus longuement sur la voie de dépassement et à se rabattre moins fréquemment sur la voie de droite", indique le rapport.

De plus, les automobilistes respecteraient moins les distances de sécurité dès qu’il y a du trafic. Selon le professeur André Dufour, qui a conduit l’étude, ces distances de sécurité diminueraient en moyenne de 5 % avant le déboîtement et de 10 % au moment du rabattement.

La mise en œuvre du "cruise-control" entraînerait aussi des risques de somnolence accrus. Conduire exige beaucoup de vigilance. Mais la béquille que constitue l’usage du régulateur aurait pour effet de mener à une baisse de celle-ci. Le régulateur rend la conduite plus monotone et la fréquence des épisodes de somnolence augmenterait de 25 % à partir d’une heure de conduite, dit l’étude.

Autre effet pervers : la capacité de réaction, notamment en situation d’urgence, serait sensiblement amoindrie. Les usagers mettraient une seconde de plus pour freiner. Et une seconde, à 130 km/h, c’est 40 mètres supplémentaires parcourus avant l’arrêt du véhicule.

Enfin, l’étude montre "une maîtrise plus aléatoire de la trajectoire rectiligne du véhicule en cas d’utilisation du régulateur", car le conducteur "réaligne moins souvent la position de son véhicule (- 25 %)", ce qui augmente "l’amplitude des ajustements latéraux". Un phénomène qui s’accroît avec l’augmentation de la durée du trajet.

Pour les longs trajets

Du côté de l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR), on reconnaît que toutes ces conclusions sont plausibles. Son porte-parole, Benoît Godart, n’est pas étonné, par exemple, du fait que le temps de réaction soit augmenté. "Quand on actionne le régulateur de vitesse, on enlève ses pieds des pédales de frein et d’accélérateur. Pour y revenir en cas de besoin, le temps de réponse est donc nécessairement plus long", explique-t-il en substance.

En tout état de cause, reconnaît-il, le danger est de voir le conducteur se servant du dispositif être distrait par d’autres tâches. "Il s’agit d’une aide à la conduite qui ne devrait en aucun cas conduire à une baisse de la vigilance. Les automobilistes devraient être absolument conscients que le régulateur ne les dispense pas d’être attentifs au trafic."

De plus, indique M. Godart, le régulateur est surtout utile pour les longs trajets, du type Arlon-Bruxelles. En Belgique, les déplacements sont le plus souvent assez courts et ne justifient pas qu’on déclenche le système.J.-C.M.