Belgique

Interviewé ce vendredi sur Franceinfo, le gouverneur militaire de Paris indique que les soldats pourront "aller jusqu'à l'ouverture du feu" en marge des manifestations de gilets jaunes, si leur vie est menacée. Pour Boris Morenville du syndicat SLFP Défense, "l'ennemi ne peut pas être la population".

Davantage de soldats seront en renfort samedi pour assurer la sécurité publique lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Paris. Objectif : éviter les débordements de la semaine dernière.

Le chef de l'État a annoncé mercredi en conseil des ministres une "mobilisation renforcée" de la mission renforcée Sentinelle pour sécuriser certains sites. Le but est de "permettre aux forces de l'ordre" de se concentrer sur le maintien et le rétablissement de l'ordre. Avec leur seul fusil d'assaut comme équipement, ces soldats ne seront jamais en première ligne. Il faudrait qu'on leur tire dessus pour qu'ils ripostent ou qu'on les agresse avec des armes blanches ou qu'on leur fonce dessus avec un véhicule... Ce qui est d'ailleurs déjà arrivé.

Dans les faits, comme le 8 décembre dernier, les unités Sentinelle seront plus nombreuses que d'habitude sur le terrain pour patrouiller dans des quartiers où se trouvent des bâtiments officiels, et pas seulement à Paris.

"Aller jusqu'à l'ouverture du feu"

Mais quelle sera la marge de manoeuvre des soldats de la mission Sentinelle ? Le général Bruno Leray, gouverneur militaire de Paris, a apporté des éléments de réponse sur les ondes de Franceinfo. Des "consignes extrêmement rigoureuses" ont été données aux militaires, qui "sont soumis au même cadre légal que les forces de sécurité intérieure". Il n'exclut en revanche pas pas de tirer à balles réelles le cas échéant, "si leur vie est menacée ou celle des personnes qu'ils défendent", a-t-il précisé.

Et cette déclaration n'a pas tardé à faire réagir. Tout d'abord, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) qui a réagi via un communiqué "En confiant à l'armée des missions, même limitées, de maintien de l'ordre, le gouvernement prend un risque majeur et porte gravement atteinte aux libertés publiques".

"Confier à des militaires la charge de s'opposer éventuellement à des manifestants revient à transformer ces derniers en ennemis. C'est la paix civile que le gouvernement met en péril", a-t-elle ajouté.

Un point de vue partagé par des spécialistes des questions de défense et de sécurité comme Alain Bauer, pour qui "il faut faire attention avec les symboles" a-t-il dit dans le cadre de l'émission "C dans l'air" sur La Cinq :

"Pas la place des militaires"

Sur Franceinfo, des soldats ont accepté de témoigner, sous couvert d'anonymat, à propos de leur mobilisation dans le cadre des prochaines manifestations des "gilets jaunes". Une mauvaise idée qui pourrait se révéler dangereuse, selon eux.

"On n'a rien à faire dans ces histoires de 'gilets jaunes'", dénonce ce soldat, qui totalise 14 mois de missions en patrouille Sentinelle. Il témoigne sur franceinfo de manière anonyme, vendredi 23 mars. À la veille d'une nouvelle manifestation des "gilets jaunes", l'annonce du gouvernement d'impliquer les soldats de l'opération Sentinelle continue de faire des remous.

"Les mecs de Sentinelle, ce sont tous des militaires, on ne sait pas faire du maintien de l'ordre", explique le militaire. Lui et ses collègues seront appelés à renforcer la sécurité de certains monuments, mais aussi du quartier de l'Élysée, en garde statique. Hors de question en revanche d'intervenir dans le maintien de l'ordre, comme les policiers et les gendarmes. Mais dans les régiments, ils sont beaucoup à se poser la même question : comment réagir si des émeutiers les attaquent ?

"On a en permanence le gilet pare-balles sur nous et le fusil d'assaut. On n'a pas le matériel de protection que vont avoir les CRS, on n'a pas les protège-jambes, on n'a pas toute l'espèce de carapace qu'ils ont sur eux", explique le soldat. 

"Le rôle de la Police, pas des militaires" 

La mesure du gouvernement inquiète et provoque beaucoup d'interrogations et d'incompréhension. "Si on se fait caillasser, soit on rentre dans le bâtiment pour se mettre à l'abri, soit on ne peut pas se mettre à l'abri pour X raison. La seule réponse qu'on pourra avoir à ce moment-là, c'est peut-être un coup de gazeuse au début ou un coup de matraque télescopique, mais après s'il y a trop de monde, oui, malheureusement il risque d'y avoir des morts", conclut-il.

Un dérapage dramatique, c'est ce qui inquiète aussi cet autre soldat, qui refuse de pointer son arme sur le peuple français : "C'est absurde, c'est du n'importe quoi. On n'est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l'ennemi ne peut pas être la population, ce n'est pas possible. C'est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd'hui."

Pour Boris Morenville du syndicat SLFP Défense, "l'ennemi ne peut pas être la population". "Si on travaille en analogie avec la situation belge et la mission Homeland avec le déploiement des militaires en rue, ils doivent aussi assurer la sécurité mais sans avoir à tirer sauf en cas d'attaque. Ce qui est difficile à comprendre, c'est qu'ici on leur demande de se déployer face à la population et pas face à de potentiels terroristes, cette mesure donne l'impression d'une dictature", détaille-t-il. 

Et selon lui, le fait d'assurer l'ordre public ne relève pas de la Défense mais bien de la Police.