Belgique L’ambassadrice américaine intervient dans le débat qui agite le gouvernement Michel. Éclairage.

Les pressions, bien réelles, s’exerçaient déjà de manière feutrée sur le gouvernement Michel. Les Etats-Unis décident aujourd’hui de lancer un appel solennel. Dans une carte blanche publiée ce jour dans "La Libre" (lire en section Opinion), Denise Campbell Bauer, l’ambassadrice américaine en poste à Bruxelles, demande à la Belgique d’investir davantage dans ses forces armées.

"La Belgique a une solide réputation d’allié fiable au sein de l’Otan", écrit-elle, en référence aux opérations en Afghanistan, au Mali ou contre les terroristes de Daech en Irak. "Cependant, après plus de deux décennies de coupes dans les dépenses de Défense, la Belgique se retrouve maintenant parmi les pays membres de l’Otan qui dépensent le moins à la Défense en pourcentage du PIB."

Le constat est implacable. En 2015, la Belgique aura consacré l’équivalent de 0,9 % de son PIB (produit intérieur brut), soit 3,75 milliards d’euros, en "dépenses de Défense" - cette notion reprend le budget de l’armée et les dépenses liées aux pensions des militaires. Sur les 28 pays membre de l’Otan, seul… le Luxembourg fait moins (0,5 %). La Belgique est à la même hauteur que l’Espagne et la Hongrie. Loin derrière la Grèce (2,4 %), la Pologne (2,2 %) ou les Etats-Unis (3,6 %), premiers de ce classement. Et dire que les économies encore attendues devraient faire baisser le niveau des dépenses belges à 0,8 % en 2019.

Plan stratégique

Le moment choisi pour interpeller le gouvernement belge n’est pas anodin. Le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), est en train de préparer le plan stratégique de l’armée, censé définir ses ambitions et capacités à l’horizon 2030. Il en a ainsi proposé trois versions (lire "La Libre" du 29/9).

La première vise à remonter les dépenses de Défense à 1,6 % du PIB en 2030, soit au niveau de la moyenne des pays européens membres de l’Alliance atlantique. La seconde version table sur 1,35 %, c’est-à-dire la moyenne des pays européens non nucléaires de l’Otan. Enfin, la troisième se contente de 1,1 %, ce qui correspond à une moyenne historique pour la Belgique.

Le gouvernement (MR, N-VA, CD&V, Open VLD) reste divisé sur la question. Seule la N-VA soutient le scénario à 1,6 %, sachant que la norme Otan en la matière est de… 2 %.

S’approcher des 2 %

"Lors du sommet Otan au pays de Galles" en septembre 2014, reprend Denise Campbell Bauer, "nos alliés ont reconnu (qu’il) nous fallait inverser la tendance à la baisse des budgets de Défense et investir à nouveau dans nos défenses nationales. Unanimes quant à cette réalité, les pays membres […] ont convenu d’une Promesse d’Investissement en Défense." Ils s’étaient engagés à maintenir leur niveau de dépenses à 2 % ou à s’en approcher. "Nous encourageons la Belgique à traduire cette Promesse d’Investissement en Défense dans son nouveau plan stratégique ", conclut l’ambassadrice. La pression monte sur le gouvernement.