Belgique

Le ministre-Président flamand aurait-il réussi à prendre tout le monde de court en faisant sa rentrée politique... à Paris? En plein milieu du mois d'août, le long entretien que le ministre-Président flamand a accordé à nos confrères du quotidien français «Libération» (édition de jeudi), dans le cadre d'une série sur les frontières, ne passe en tout cas pas inaperçu. Pour l'occasion, c'est bien entendu de la frontière linguistique qu'il est question. Yves Leterme, pressenti par certains comme futur Premier ministre, et dont un livre-interview très attendu aux forts relents communautaires devrait paraître au mois d'octobre (LLB du 16/8) n'y va pas vraiment avec le dos de la cuiller. Morceaux choisis.

Sur la frontière linguistique: «Il n'est pas question de toucher à cette frontière. Si on le fait, je remettrais aussitôt en cause la parité entre francophones et néerlandophones au sein du gouvernement fédéral, où les francophones sont surreprésentés par rapport à leur poids réel dans la population belge».

Sur les facilités: «Il est cependant exact qu'il y a des communes en territoire flamand qui sont à 70 ou 80 pc francophones... Au départ, l'idée était que beaucoup de francophones allaient s'adapter à la nouvelle réalité linguistique. Mais apparemment, les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais, d'où la prolongation de ce statut d'exception».

Sur l'unilinguisme: «La Flandre, pas plus que la Wallonie, n'a jamais été un espace bilingue... Aujourd'hui, il est trop tard pour changer cette réalité. Regardez les difficultés des leaders francophones et même du Roi de ce pays à parler couramment le néerlandais! Comprenez-moi bien, je suis prêt à discuter de la création d'un véritable espace bilingue mais je ne crois pas qu'il existe une telle volonté politique du côté francophone».

Sur le fossé entre Flamands et francophones: «Oui, les différences s'amoncellent, le fossé se creuse. Que reste-t-il en commun? Le Roi, l'équipe de foot, certaines bières...»

Sur l'avenir de la Belgique: «La Belgique n'est pas une valeur en soi, ce sont des institutions au service d'une population... Mon parti ne participera pas à un gouvernement, après les élections de 2007, s'il n'y a pas de nouveaux transferts de compétences vers les Régions. La nécessité d'avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre. Vous savez, les gens ont vécu ici depuis des siècles sans être Belges...»

Et sur Bruxelles: «Elle compte entre 80 et 90 pc de non-néerlandophones. Mais Bruxelles est à la fois un problème et une opportunité. C'est une ville à vocation internationale qui devrait voir son statut évoluer dans ce sens».

En conclusion, le ministre-Président flamand déclare «envisager sereinement l'indépendance de la Flandre» mais toutefois pas la fin de la Belgique à court terme: «Cela changerait très peu de chose, c'est vrai. Mais je ne suis pas séparatiste par principe: je ne vois pas la valeur ajoutée à court terme d'une Flandre indépendante, même si elle pourrait parfaitement se débrouiller seule. Il y a certaines choses que l'on peut encore faire en commun, comme, par exemple, la solidarité interpersonnelle pour les retraités et les malades. Et puis, vous savez, pour divorcer, il faut être deux».

© La Libre Belgique 2006