Belgique

Karel De Gucht, c'est un gars carré. Un gars qui dit ce qu'il pense et qui rechigne à y mettre les formes. Les francophones ne sont fréquentables que si les Flamands peuvent leur "rentrer dedans comme dans du beurre" et , quoiqu'ils fassent, ils devront quand même bien accepter ce qu'on leur impose. Voilà, en résumé, ce que Karel De Gucht vient de déclarer.

On ne l'aurait pas relevé s'il avait été un illustre inconnu. Ou le leader d'un parti autonomiste. Mais voilà. Karel De Gucht est l'un des chefs de file de l'Open VLD. Il est aussi le ministre des Affaires étrangères de Belgique. On imagine le tollé qu'il provoquerait s'il devait déclarer un jour à la tribune des Nations unies "A terme, la loi du nombre l'emportera toujours". Il ne se l'autoriserait d'ailleurs pas. Mais quand c'est pour donner la leçon aux francophones de Belgique, il n'y a manifestement plus de retenue.

L'équipe Leterme ne dispose plus que de 8 jours pour dessiner les contours d'une nouvelle réforme de l'Etat. Si elle échoue dans sa mission, la Belgique plongera à nouveau dans la crise politique ouverte. Karel De Gucht croyait-il vraiment qu'il allait faciliter la conclusion d'un accord en avançant aux francophones que leur voix pourrait peser "à terme" moins lourd que celle des Flamands ? Ce serait faire preuve d'un bien curieux sens de la négociation. L'humiliation n'est d'aucun secours quand on continue à vouloir la résolution pacifique des conflits. Puisse-t-il se souvenir qu'on est toujours la minorité d'une majorité. Les Flamands à Bruxelles par exemple. Olivier Maingain, le président du FDF, n'a pas dû se forcer pour le lui signaler.

Karel De Gucht a cependant une circonstance atténuante : il n'a fait que répercuter un sentiment dominant en Flandre. Le même sentiment qui avait conduit en novembre dernier les députés flamands à adopter à la quasi-unanimité une proposition de loi scindant Bruxelles-Hal-Vilvorde. Et qui permet de faire l'économie du compromis. Pourquoi en effet accepter des concessions si le seul fait du nombre doit suffire à l'emporter "à terme". Certains francophones ont cru qu'ils pourraient s'opposer à toute modification de l'architecture institutionnelle en dépit de la pression flamande. La Flandre pense désormais qu'elle pourra imposer ses désirs d'autonomie à la minorité francophone. Le dialogue paraît devenu impossible. Avant de conclure un accord institutionnel, il faudrait que chacun retrouve le sens du compromis. Il ne reste plus que 8 jours.