Belgique

Confronté durant l'enquête sur l'attentat au Musée juif à son co-accusé Nacer Bendrer et au suspect finalement mis hors de cause Mounir Attallah, Mehdi Nemmouche a assuré que les deux hommes n'avaient rien à voir avec les faits, tout en se disant lui-même innocent, ressort-il de l'acte de l'accusation lu vendredi devant la cour d'assises. Un paradoxe qui a suscité l'énervement de l'accusé lorsqu'il a été souligné par les enquêteurs. Le 29 septembre 2015, à la demande de la défense de Mounir Attallah, Mehdi Nemmouche affirme face à son "collègue" qu'il "n'a rien à voir, ni de près, ni de loin" avec les faits. "On s'est vu une fois 25 minutes à peu près (à Marseille en avril 2014, NDLR). Il est en prison parce qu'il a reçu un coup de téléphone et c'est une pratique digne de la Stasi."

Le 25 juin 2016, confronté cette fois à Nacer Bendrer, Mehdi Nemmouche le met également hors de cause: ils n'ont jamais abordé des sujets religieux, ni parlé de terrorisme et il ne lui a jamais fourni arme ou argent.

L'assurance de l'accusé quant à l'innocence de Bendrer incite les enquêteurs à réagir. Comment Mehdi Nemmouche peut-il être aussi catégorique s'il est lui-même étranger aux faits? "Parce que le peu que je sais dans cette affaire me permet de certifier que Bendrer n'a rien à voir", répond-il de manière "très nerveuse".

"Est-ce que vous me prenez pour un débile, vous le savez très bien que j'ai à voir dans cette affaire, ce n'est pas un ange qui est venu devant chez moi déposer les armes et me dire va te faire des 'juifetons'", s'emporte l'accusé. "Les armes, on me les a données. Je ne suis pas un assassin, je n'ai tué personne. J'en sais suffisamment dans cette affaire que pour savoir que Nacer n'a rien à voir."

Dans la foulée de cet incident, Mehdi Nemmouche a demandé le nom des enquêteurs, les menaçant d'une "petite visite" lorsqu'il se sera "évadé".

Nemmouche avait l'air "suspect" et "inquiet" lors de sa visite à Marseille

Mehdi Nemmouche avait l'air "suspect" et "inquiet" lors de sa visite à Marseille en avril 2014, a déclaré Mounir Attallah à la juge d'instruction belge lors de son audition début juillet de la même l'année. Lorsqu'ils se sont vus à Marseille un mois et demi avant l'attaque, Mounir Attallah, que Mehdi Nemmouche avait également cotoyé en prison, a d'abord eu des difficultés à la reconnaître car il ne portait pas de barbe.

S'il a finalement reconnu avoir donné le numéro de Nacer Bendrer à Mehdi Nemmouche, Mounir Attallah a assuré lors de ses interrogatoires qu'il n'avait vu l'accusé qu'une fois lors de son séjour dans la cité phocéenne, que ce dernier ne lui avait pas demandé d'arme et qu'il ne l'aurait pas conduit chez Nacer Bendrer car il avait l'air "suspect".

Il a aussi rapporté l'inquiétude dont Mehdi Nemmouche faisait preuve, regardant sans cesse autour de lui. Quant au fait que l'accusé avait retiré la puce de son téléphone, Mounir Attallah souligne que "si quelqu'un fait ça chez nous, c'est qu'il est cramé, qu'il ne veut pas borner".

S'il avait été informé des projets de Mehdi Nemmouche, Mounir Attallah affirme qu'il aurait cassé son téléphone pour ne plus avoir de nouvelles de sa part.

Enfin, lorsqu'il a appris que l'accusé était soupçonné de la tuerie, il s'est dit qu'il était "dans la merde", vu leurs contacts réguliers dans les semaines précédant les faits. Quant à Nacer Bendrer, il était "grave énervé, il l'a insulté", selon Mounir Attallah. Ce dernier explique ses premières dénégations par le fait qu'il n'a pas voulu mettre Nacer Bendrer "en danger". Il craignait également que Mehdi Nemmouche s'en prenne à lui par la suite.

Nacer Bendrer a finalement reconnu que Mehdi Nemmouche lui avait demandé une arme

Nacer Bendrer a reconnu, lors de son interrogatoire par la juge d'instruction le 13 mars 2015, qu'il avait vu Mehdi Nemmouche à Bruxelles les 10 et 11 avril 2014, après avoir pris le train depuis Marseille. Il a expliqué qu'il devait y venir pour "voir une voiture" et qu'il avait accepté d'y retrouver son ancien compagnon de cellule à la demande de ce dernier. Il a également reconnu que c'est lors de cette rencontre que Mehdi Nemmouche lui a dit qu'il voulait une arme, et plus spécifiquement une kalachnikov.

Une dizaine de jours plus tard, ce dernier l'a recontacté, lui disant qu'il se trouvait devant chez lui à Marseille, selon sa version. Nacer Bendrer lui aurait alors dit qu'il n'avait pas l'arme qu'il cherchait. Il a indiqué aux enquêteurs qu'il n'avait ensuite plus eu de nouvelles de Mehdi Nemmouche.

Il a également expliqué que, s'il n'était pas venu à Bruxelles avec son GSM, c'était simplement parce qu'il n'en avait pas besoin.

Nacer Bendrer a ajouté qu'il ne savait ni pourquoi Mehdi Nemmouche voulait une arme ni pourquoi ce dernier était revenu à Marseille le 30 mai 2014, quelques jours après la fusillade au Musée juif.

Quant à Mounir Attallah, il avait également fini par admettre, devant la juge d'instruction le 1er juillet 2015, que Mehdi Nemmouche l'avait bien contacté en avril 2014 pour obtenir le numéro de téléphone de Nacer Bendrer.

Les trois hommes s'étaient connus en prison, à Salon-de-Provence, entre 2009 et 2010. Mounir Attallah avait précisé qu'il ne savait pas pour quelle raison Mehdi Nemmouche souhaitait contacter Nacer Bendrer.

A l'issue de cet interrogatoire, Mounir Attallah avait été inculpé lui aussi de complicité d'assassinats dans un contexte terroriste et placé sous mandat d'arrêt. Il a finalement fait l'objet d'un non-lieu et n'a pas été renvoyé devant la cour d'assises.