Belgique

interview

Malgré son poste de président du Comité européen des Régions, l'ancien ministre-Président de la Région flamande, le CD&V Luc Van den Brande, toujours sénateur, suit de près la politique belge.

Comment jugez-vous l'action du gouvernement Leterme ?

Tout le monde savait que c'était une opération difficile, même périlleuse, après les positions émises avant les élections. Yves Leterme essaie de mettre en place un programme de gouvernement. Il est clair qu'il a une responsabilité plus large comme Premier ministre que comme simple porteur des idées du CD&V. C'est sa responsabilité de trouver des solutions. Il est matraqué de partout. Nous avons une situation qui est en train de se bloquer. Ce sera le défi des deux mois à venir. La date du 15 juillet n'est pas fétiche. Lorsque nous avions fait les accords de la Saint-Michel, c'était prévu pour la fin de la session (parlementaire), mais ce fut finalisé à la fin septembre 1991. Ce n'est pas à un jour près... mais il faudra des réformes.

Leterme n'est-il pas isolé dans son propre parti ?

Non, mais on attend de lui qu'il fasse des réformes. Dans un monde qui se globalise, il est nécessaire d'avoir des points de repères et de responsabiliser davantage les régions.

"Small is beautiful" ?

Il y a des limites. Comme l'a dit Marianne Thyssen ce week-end, nous sommes pour le maintien de la solidarité interpersonnelle, mais il faut faire des réformes qui sont à l'avantage du Nord et du Sud. Ici, au Comité des Régions, on m'a interrogé vingt fois sur l'issue de la Belgique. Je leur ai dit, en ironisant, qu'au risque de les décevoir, il n'y aurait pas de split de la Belgique.

Que demandez-vous exactement ?

Primo, donner aux régions plus de responsabilités fiscales et financières. Le grand paradoxe de la Belgique, c'est que si de nombreuses compétences ont été régionalisées, la responsabilité fiscale et financière est l'une des moins décentralisées en Europe. En Allemagne, les Länder ont presque 30 pc de responsabilité financière. Chez nous, ce n'est que 13-14 pc. Nous devons arriver à 25-30 pc. C'est une question de bonne gouvernance. Deuxio et tertio, le maintien d'un cadre fédéral pour la sécurité sociale, mais une politique de santé appropriée aux régions et communautés. La situation des soins de santé est assainie des deux côtés. Le problème, c'est que l'approche est différente. Le même raisonnement vaut pour le marché de l'emploi. Quatro, nous souhaitons une nouvelle formule de coopération entre les régions et l'Etat fédéral. [...] Si les francophones disent toujours non, c'est la voie ouverte à la radicalisation - que nous ne voulons pas.

Vouloir constamment décentraliser, n'est-ce pas le contraire de ce qu'on fait au niveau européen ?

Pour moi, la démocratie commence par le bas. L'Europe n'aura pas de perspectives si elle n'établit pas la gouvernance à multiniveaux. Et pour le bien-être de l'Etat fédéral belge, les régions doivent avoir plus de responsabilités. Je n'oublierai jamais l'analyse de la BEI qui a conclu qu'on aurait pu créer 70000 emplois de plus en Wallonie s'il y avait eu une politique de l'emploi différenciée. Décentraliser, cela ne veut pas dire désintégrer. Le concept de l'indépendance est un principe du 19e siècle. Je suis contre une Europe qui serait un patchwork de petits Etats. Je ne suis pas pour l'Europe des régions. Je suis pour l'Europe avec les régions.

Le Conseil de l'Europe, l'Onu, la Commission européenne ont récemment condamné des dispositions flamandes comme le wooncode ou la non nomination des 3 bourgmestres. Qu'en dites-vous ?

Un, il est normal que le Conseil de l'Europe visite ses Etats membres. Deux, l'erreur de ses délégués est d'avoir pris seulement en compte l'élection directe des bourgmestres, et pas la législation belge, acceptée par nos régions et communautés. Si la tutelle est devenue une attribution des gouvernements régionaux, c'est dû à un accord institutionnel et à la demande des partis francophones. Mais je me pose une question. Ne faudrait-il pas, avant d'aller à Strasbourg, déposer un recours devant les institutions belges, le Conseil d'Etat ?