Belgique

"La censure de l'oeuvre de François Schuiten au parlement flamand est un acte qui confine tout autant à la barbarie qu'à l'idiotie", a affirmé jeudi le président des FDF Olivier Maingain, au sujet de la décision de cacher un phylactère en français de l'une des planches de l'auteur de B.D. sur les invitations et dans le catalogue d'une exposition organisée au parlement flamand. Olivier Maingain s'est dit consterné quant à la décision du président du Parlement flamand, Jan Peumans (N-VA)/.

"Toute oeuvre culturelle, quel qu'en soit son auteur, et quelle que soit son appartenance culturelle, doit être respectée dans son intégralité. Le Centre belge de la bande dessinée doit poser en conséquence un geste fort en mettant fin sur le champ à sa collaboration avec le Parlement flamand et en retirant toutes les oeuvres qui y sont présentées. Le Centre belge de la bande dessinée trouvera sans peine un partenaire culturel en Flandre capable de refuser la censure du nationalisme flamand qui va jusqu'à interdire la présence de quelques mots en français sur une oeuvre d'art", a commenté le président des FDF, dans un communiqué.

"A suivre le barbouilleur Jan Peumans, la peinture de René Magritte intitulée 'Ceci n'est pas une pipe' ne devrait plus être exposée en Flandre", a ajouté Olivier Maingain, estimant que M. Peumans était indigne des fonctions qu'il exerce.

L'illustrateur se dit "choqué" par "une attaque à la nature de (son) travail"

L'illustrateur François Schuiten s'est déclaré "choqué" par la décision de cacher un phylactère en français de l'une de ses planches sur les invitations et dans le catalogue d'une exposition organisée au parlement flamand. "Je suis choqué par cette histoire", a-t-il déclaré, cité sur le site du Soir. "On m'a demandé l'autorisation d'exposer cette planche de 'L'Enfant penché' dans le cadre d'une exposition sur les originaux des auteurs belges de bande dessinée. Le texte des bulles appartient à l'original. Il est lettré à la main avec la même plume et la même encre que le dessin. Il fait partie intégrante de l'oeuvre.

Mais "sur l'invitation officielle au vernissage et sur la couverture du catalogue, ce texte est remplacé par une bulle blanche", déplore-t-il. "Mon nom n'est plus mentionné nulle part et, à aucun moment, je n'ai été informé de ce que je considère comme une éradication, une attaque à la nature même de mon travail. Je trouve cette affaire extrêmement regrettable. C'est une illustration par l'absurde du contraste dans ce pays entre l'ambition artistique et la mesquinerie politique".

Peumans se défend d'avoir intenté à l'intégrité artistique de l'illustrateur

Le président du parlement flamand Jan Peumans "n'a à aucun moment demandé qu'on attente à l'intégrité artistique de François Schuiten". Ainsi a-t-il réagi à la polémique suscitée par la décision d'occulter un phylactère en français sur les invitations et dans le catalogue d'une exposition organisée par son institution.

Dans une réaction adressée à la presse, M. Peumans tient à nuancer les articles évoquant, à tort selon lui, une "censure" de sa part. S'il reconnaît s'être opposé à l'usage du français sur les invitations et sur la couverture du catalogue de l'exposition, il estime n'avoir jamais voulu intenter à l'oeuvre du célèbre illustrateur. Ce sont les curateurs de l'exposition qui ont décidé de masquer le phylactère, fait-il valoir.

M. Peumans indique avoir demandé aux commissaires de l'exposition, Dany Vandenbossche et Jan Hoet, de choisir une autre illustration pour les invitations, quand l'image de François Schuiten lui a été présentée, le 19 avril. Mais ceci n'a pas été possible, faute de temps. Les commissaires ont donc choisi de masquer le phylactère en français sur les invitations, de leur propre initiative. Pour se dédouaner, M. Peumans rend public l'échange d'e-mails qu'il a eu avec ceux-ci.

Il souligne, en outre, que le phylactère en français n'a pas été occulté sur l'affiche présentée dans l'exposition.