Belgique

Mise sur pied en 2003 à l'initiative de José Happart - alors ministre compétent en matière de chasse -, l'Unité anti-braconnage (UAB) de la Région wallonne traverse une période de turbulences.

Confrontée à une série de défections, l'équipe ne comptera en effet plus que huit membres à partir du 1er février prochain, soit la moitié du cadre normal déjà quelque peu "limite" pour faire face aux nombreuses missions que doit mener cette cellule. Au rang des partants récemment annoncés, on trouve notamment le nouveau responsable et le juriste de l'équipe.

Un boulot exigeant

Quelle est l'origine de ce malaise ? Dans une question parlementaire adressée il y a peu par la députée Florine Pary-Mille (MR) au ministre Benoît Lutgen (CDH), celle-ci faisait notamment allusion à des déclarations de l'un des agents de l'UAB selon lesquelles ce découragement s'expliquerait en partie par les freins qui seraient mis à certaines opérations suite aux "pressions exercées par des chasseurs influents".

Des allégations démenties par les divers témoignages que nous avons pu récolter. "Aucun P.-V. n'a jamais été écarté, ils sont toujours transmis au parquet qui décide de donner les suites qu'il juge utiles. Mais il est vrai que des priorités doivent être fixées et celles de l'UAB concernent avant tout la lutte contre le braconnage et non, par exemple, une opération de contrôle des permis de chasse qui relève des missions des agents forestiers de la Division Nature et Forêts. Des choix sont donc faits en concertation avec le parquet et le ministre compétent", explique-t-on en substance.

Pour être complet, précisons que nous avons tenté d'établir un contact direct avec la personne qui a porté ces accusations. En vain, celle-ci craignant, nous dit-on, de s'exposer à d'éventuelles sanctions.

Mais où se situe dès lors le problème ? Une partie de l'explication réside dans l'important investissement personnel qu'exigent les missions de l'UAB. Un travail qui demande de prester des horaires à "rallonge" se traduisant souvent par de longues nuits blanches pour mener à bien des opérations de surveillance ou d'interception. Avec en outre une intensité toute particulière à l'approche et dans la foulée des fêtes de fin d'année, période où le gibier est particulièrement prisé.

Des circonstances qui induisent inévitablement des sacrifices au niveau de la vie familiale et peuvent expliquer une certaine lassitude. D'autant plus que, nous dit-on, des problèmes se posent quant à des compensations financières non accordées pour les nombreuses heures supplémentaires prestées et non récupérées. "Des engagements avaient été pris et ils ne sont pas tenus." Il est clair que pour un tel job, travailler dans les heures de bureau normales n'aurait évidemment aucun sens.

L'appel de la forêt

Mais un autre élément a lourdement pesé dans la balance. Les membres de l'UAB, en effet, sont des agents forestiers issus de la DNF. En rejoignant l'unité, ils avaient temporairement renoncé à leur triage (leur zone d'affectation) avec toutefois la possibilité de revenir par la suite à leurs fonctions antérieures. Or le 1er février prochain, cette possibilité de "retour en arrière" tombe. Les agents de l'UAB doivent donc opérer un choix définitif qui n'est pas sans implications puisque la gestion de ce triage (avec lequel existe bien souvent un lien quasiment affectif) s'accompagne de certains avantages d'ordre financier et pratique comme, par exemple, la possibilité de disposer d'une maison forestière.

Du côté du cabinet du ministre Lutgen, on confirme être au courant des difficultés rencontrées par l'UAB. Tout en soulignant la qualité du travail réalisé par cette équipe dans des conditions difficiles, on rappelle que les agents qui la composent bénéficient déjà d'une prime mensuelle. Une procédure interne devrait prochainement être lancée au sein de la DNF pour compléter le cadre de l'UAB. "La phase de rodage de l'unité étant terminée, les candidats devront cette fois faire un choix clair dès le départ. S'ils s'engagent dans l'UAB, ils renoncent à leur triage et il n'y aura plus de garanties quant à la destination d'une éventuelle mutation qui serait demandée par la suite."

Les éléments qui ont mené à la situation actuelle ne sont cependant pas neufs. Reste à savoir si dans un tel contexte, suffisamment de volontaires pourront être trouvés dans une administration forestière dont le personnel affiche une moyenne d'âge particulièrement élevée.