Belgique

Dans le cadre de la politique de réduction des inégalités et de lutte contre la pauvreté menée en Région Bruxelles-Capitale depuis 2006 et en Région wallonne, via le Plan wallon de lutte contre la pauvreté, depuis 2015, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles a rédigé, en février dernier, une note d’orientation qui vise à opérationnaliser ce plan de réduction des inégalités et de lutte contre la pauvreté.

"La Libre" a pu se procurer cette note dont l’objectif est de " favoriser le développement des compétences personnelles, l’émancipation sociale et l’accès aux droits pour tous les citoyens, quelles que soient leurs conditions ou origines ". Tous les ministres de la Fédération ont participé à son élaboration. Et sont chargés " d’assurer l’exécution des projets les concernant ".

L’enseignement supérieur est concerné

Parmi les axes traités par la note d’orientation, l’enseignement supérieur y trouve une petite place. Deux objectifs y sont présentés. Premièrement, la diminution du coût des études et le renforcement de l’accompagnement social des étudiants. Deuxièmement, un meilleur accès au supérieur de personnes en reprises d’études - c’est-à-dire de personnes qui sont sorties de secondaire sans diplôme ou qui sont déjà sur le marché du travail.

Ce chapitre, élaboré par Jean-Claude Marcourt (PS), ministre de l’Enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles, met sur le tapis quelques propositions comme celles de prendre en compte les frais liés au logement et à la mobilité dans le calcul de la bourse, celle de promouvoir auprès des élèves concernés le statut d’étudiant de condition modeste leur permettant de bénéficier d’une réduction du minerval et des frais d’étude, celle d’automatiser l’octroi des allocations familiales ainsi que des bourses en épargnant de ce fait aux familles de lourdes démarches administratives. Le ministre propose aussi de renforcer l’offre d’enseignement en horaire décalé dans l’enseignement supérieur pour les personnes en reprises d’études.

La finalisation de l’élaboration du plan est prévue pour le mois de juin. Elle sera réalisée par un groupe de travail intercabinet.


La note satisfait l’Ares, pas la Fédération des étudiants

La note d’orientation a été soumise dès la mi-février aux critiques et aux propositions de nombreuses instances. C’est le cas de l’Ares, l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur, qui fédère l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur en Belgique francophone. La Fef, Fédération des étudiants francophones, s’est également procuré le document et réagit.

Un accueil favorable pour l’Ares

Dans son ensemble, l’Ares " accueille favorablement " l’initiative prise par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’académie précise quand même que l’enseignement supérieur en Belgique francophone figure parmi " les plus accessibles du monde " .

Cependant, l’instance ne se contente pas de faire les éloges du plan proposé par le ministre Marcourt. Elle invite aussi le gouvernement à investir davantage dans l’enseignement supérieur. Un investissement d’autant plus nécessaire que les établissements d’enseignement supérieur font face depuis quelques années à de grands défis : une augmentation continue de la population étudiante, un souci de démocratisation de son accès et la lutte contre l’échec.

Les établissements du supérieur fédérés par l’Ares, bien que globalement satisfaits par le plan, insistent toutefois sur le fait que ce dernier manque d’ambition et doit être " encore plus volontariste " .

L’Ares, dans un avis rendu au gouvernement, propose ainsi de diminuer le coût des études et de renforcer l’accompagnement social des étudiants en proposant, entre autres, de revoir de façon plus équitable les conditions d’octroi des bourses, de prendre en compte les frais liés à la distance parcourue entre le domicile de l’élève et son lieu d’étude, de revoir à la hausse les frais liés à la mobilité, au handicap et au logement, de renforcer la gratuité des supports de cours et leur mise en ligne.

Le plan manque d’ambition

La Fédération des étudiants francophones (Fef), représentée par son président Brieuc Wathelet, partage elle aussi l’idée selon laquelle le plan évoqué manque d’ambition. La Fef va même plus loin. Elle se dit déçue de l’avis rendu par l’Ares, qui, selon elle , "ne propose rien de concret " . Elle s’est donc lancée dans un " contre-plan " , une réponse à l’absence de prise en compte " des barrières académiques et culturelles " dans l’accès à l’enseignement supérieur. Ainsi, alors que le cabinet Marcourt et l’Ares se contentent de prôner une diminution des coûts des études, la Fef, elle, demande la gratuité effective de l’accès à l’enseignement supérieur. Elle réclame aussi, tout comme l’Ares, un refinancement prononcé de l’enseignement supérieur. Elle insiste sur le cas des CPAS, forts sollicités par les étudiants en difficulté (+ 124 % de bénéficiaires en dix ans).

" Les politiques sociales mises en places ne sont pas suffisantes. Beaucoup d’étudiants font appel au CPAS qui sont asphyxiés. Et ils n’ont pas droit à l’échec sinon leurs avantages leurs sont retirés. C’est un système méritocratique , s’insurge Brieuc Wathelet . Nous avons pour objectif que toute personne puisse accéder à l’enseignement supérieur, quels que soient ses revenus. Il faut déconstruire l’élitisme lié à l’enseignement supérieur et le rendre accessible au plus grand nombre en appliquant le principe de gratuité " , conclut-il.