Belgique

C'est une petite révolution que le bureau du Parti socialiste a déclenchée samedi après-midi en décidant de prendre congé de leurs alliés libéraux, à la Région bruxelloise mais aussi à la Région wallonne et à la Communauté française. Le bureau du PS a préféré entamer des négociations avec le CDH en vue de la constitution d'une majorité régionale wallonne. A Bruxelles, le PS souhaite s'associer tant au CDH qu'à Ecolo pour constituer, côté francophone, ce que l'on appelle un «Olivier».

Pourquoi les socialistes ont-ils, unanimement, opéré ces choix? Officiellement, parce que telle a été la décision de l'électeur. Officieusement, parce que les socialistes rêvaient depuis tout un temps de faire mordre la poussière aux libéraux. Lorsque, en juillet 1999, socialistes, libéraux et écologistes ont constitué les gouvernements arc-en- ciel à tous les niveaux de pouvoir, leur bonheur de renvoyer les sociaux-chrétiens dans l'opposition était total. Ils évoquaient une espère de liberté, de respiration, de soulagement. Mais assez vite, les différences fondamentales entre les deux tendances politiques sont apparues au grand jour.

Depuis les dernières élections de juin 2003, les choses se sont gâtées au niveau fédéral tandis que dans les Régions, l'exaspération a grandi entre les deux grandes forces politiques. Aujourd'hui, le PS affirme donc qu'il change de partenaire parce que l'électeur l'a voulu. Mais le président du PS aurait pu tenir un discours inverse si le ras- le-bol de ses troupes à l'égard du MR n'avait pas été grand et généralisé.

Un accord tacite

Y avait-il un accord entre PS et MR pour reconduire la majorité à la Région wallonne? Il n'y avait pas d'accord écrit comme avant la législature de 1999. Mais le président du PS et Louis Michel s'étaient engagés à poursuivre l'expérience ensemble pour peu que les électeurs le permettent. C'était sans compter deux choses: la dégradation progressive des relations entre libéraux et socialistes. Et, plus grave peut-être dans le chef de certains socialistes, l'appel à la constitution d'un grand parti du centre lancé en janvier dernier par le MR à l'égard du CDH. Le PS a pris cela comme une déclaration de guerre puisque l'objectif avoué était bien de faire en sorte que le PS ne soit plus incontournable et donc soit relégué dans l'opposition.

Les conséquences au fédéral

Quelles seront les conséquences pour le gouvernement fédéral? Elles apparaîtront au grand jour lorsque s'ouvrira, à l'automne prochain au plus tard, le fameux Forum institutionnel, où les partis flamands viendront revendiquer de nouvelles «avancées» fédérales, c'est-à-dire le transfert de nouvelles compétences du fédéral vers les Régions.

Si les formations flamandes apparaissent unies, il sera intéressant de voir si l'éviction des libéraux des majorités régionales ne fera pas voler en éclat l'espèce de front commun que l'on devine entre les partis du Sud, position commune qui consiste à refuser toutes les demandes flamandes. Car déjà, certains se demandent si le PS ne sera pas tenté d'accepter des nouveaux transferts de compétences au motif que, premier parti de Wallonie et désormais de Bruxelles, c'est à lui qu'il reviendra de les gérer.

Le Premier ministre, Guy Verhofstadt, regrette déjà amèrement de n'avoir pu conquérir la présidence de la Commission européenne. Ses regrets ne vont sans doute que s'amplifier à l'avenir quand il aura à gérer le nouveau casse-tête belge.

© La Libre Belgique 2004