Belgique

Le débat sur le redémarrage des centrales nucléaires de Tihange 2 et de Doel 3 a été relancé sur fond de campagne de communication et de lobbying à coup d'arguments et de contre-arguments. Dans ce contexte, le mouvement Avaaz propose, depuis le jeudi 28 janvier, la pétition "Quelques jours pour éviter un nouveau Tchernobyl ?" visant à encourager le gouvernement belge à réaliser une étude d'impact environnemental transfrontalier concernant ses centrales nucléaires. Une telle étude est selon Avaaz obligatoire mais la Belgique ne l'a encore jamais réalisée. La pétition avait déjà récolté 850.000 signatures ce mercredi.

Selon Pascal Vollenweider, directeur de campagne chez Avaaz, une certaine crainte existe au sein de la population et des gouvernements des pays limitrophes de la Belgique : "La radiation ne s'arrête pas aux frontières. Si une catastrophe venait à se produire en Belgique, ce serait pire qu'à Tchernobyl étant donnée la position centrale de la Belgique au cœur de l'Europe". En effet, la ville allemande d'Aix-la-Chapelle envisage une action en justice contre le redémarrage de la centrale de Tihange (60 km sépare les deux villes). A Maastricht, à la frontière néerlandaise, on s'inquiète au sujet de Doel 3, située à 113 km de là. La pétition se donne donc pour but d'"arrêter cette folie et obtenir de l'Union européenne ce que les Belges cherchent à éviter : une évaluation indépendantes des risques".

Joint par LaLibre.be, Pascal Vollenweider pointe également du doigt les différentes failles que nos centrales ont pu montrer ces dernières années en se basant surtout sur ce que la presse a pu en écrire : "Les citoyens ont peur, ils voient dans les médias qu'on parle de fissures, de problèmes avec les réacteurs. Il y a une réelle crainte auprès de la population, un tel débat est donc nécessaire".

Peu d'impact auprès de Marghem

Plusieurs experts contactés par nos soins se montrent cependant surpris par le manque d'assise scientifique des propos d'Avaaz ainsi que par la comparaison, à leurs yeux exagérée, avec Tchernobyl.

La ministre Marie-Christine Marghem (MR), en charge de l'Energie, de l'Environnement et du Développement durable, dit comprendre les inquiétudes des citoyens signataires de la pétition mais elle affirme faire totalement confiance en l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) qui a autorisé la réouverture des deux centrales, nous explique sa porte-parole, Ariane van Caloen. Même si le million de signatures est atteint, la ministre de l'Energie ne fera certainement pas grand cas de cette pétition. Notons toutefois que la Sécurité nucléaire est une compétence du Ministre de l'Intérieur, Jan Jambon.

Les nuances de l'AFCN

La centrale de Doel avait été le théâtre d'une explosion deux semaines avant cette autorisation (explosion dont parle Avaaz dans sa pétition) et que cet événement avait été cause d'inquiétude. Mais la porte-parole de l'AFCN, Nele Scheerlinck, avait nuancé les choses : "L'incident qui s'est produit à Doel 1 a eu lieu dans la zone non-nucléaire de la centrale et est donc indépendant de son possible redémarrage et de la prolongation de Doel 1 et 2. Un tel incident peut se produire partout, dans n'importe quelle grande usine ou installation".

La décision de l'AFCN a suivi des études approfondies de la part de "nombreux experts nationaux et internationaux dont le laboratoire américain Oak Ridge National" peut-on lire sur le site de l'Agence.

Barbara Hendricks, la ministre allemande de l'Environnement a rencontré ce mardi 2 février Jan Jambon (N-VA), le ministre de l'Intérieur et Marie-Christine Marghem. Les deux pays ont ainsi pu convenir d'organiser des inspections mutuelles de leurs centrales. De tels accords avaient déjà été signés avec la France et les Pays-Bas.