Belgique Olivier Deleuze (Ecolo) se montre critique à propos de la fermeture de trois centrales. Entretien Ariane van Caloen.

Olivier Deleuze (Ecolo), père de la loi sur la sortie du nucléaire, revient sur l’actualité énergétique.

Que pensez-vous de l’idée de la coalition "suédoise" de prolonger Doel 1 et 2 ?

C’est la prolongation de l’incertitude. Ce n’est pas une stratégie mais le chaos à la différence de l’Allemagne où une décision est prise un certain moment, en mettant tous les partenaires autour de la table.

En revanche, il y a quelque chose qui se passe avec l’arrêt de trois centrales (NdlR : Tihange 2, Doel 3 et Doel 4). Et là, la responsabilité d’Electrabel est écrasante. En juin 2012, on découvre des fissures dont Electrabel nous dit, grâce à une nouvelle technique d’analyse, qu’elles sont là depuis le début. Electrabel ne maîtrise pas ses outils de production. Trente ans après la mise en service des centrales, on découvre un danger.

N’est-ce pas justement dû au fait que les outils de détection sont plus sophistiqués ?

Ils sont plus sophistiqués mais ils détectent un problème qui mène à la conclusion qu’il faut arrêter ces centrales. A côté de cela, il y a la responsabilité de l’exploitant d’être confronté à une centrale qui est sabotée. Cela traduit un problème de périmètre de sécurité à Doel 4.

Je pense donc que la responsabilité d’Electrabel est engagée dans les deux cas. S’il n’y avait pas de loi de sortie du nucléaire, on serait exactement dans la même situation.

On est en train de sortir du nucléaire par le chaos et beaucoup plus vite que je l’imaginais. Cette technologie apparaît bien plus fragile que je le pensais.

Qu’aurait pu faire Electrabel par rapport au problème des microfissures ?

On découvre les microfissures dans les cuves en juin 2012. On demande de retrouver les carnets de fabrication. Et on apprend qu’ils ont disparu. La firme de Rotterdam qui a forgé les cuves est tombée en faillite. C’est quand même incroyable pour une technologie pareille. On ne peut pas se satisfaire de l’explication : on a perdu les carnets.

Cela signifie-t-il qu’Electrabel doive indemniser les personnes lésées par une éventuelle pénurie d’électricité ?

On a permis un amortissement en vingt ans des centrales nucléaires alors que leur durée de vie était de quarante ans. Malgré cet amortissement accéléré et les prix élevés de l’électricité qui s’en est suivi, les usines tombent en panne. Si ce défaut de maîtrise de la technologie pose des problèmes d’approvisionnement d’électricité et que ceux-ci entraînent des coûts, il me paraît normal que la responsabilité du producteur soit engagée.

Et pour Doel 4 ?

Heureusement, le sabotage s’est passé en dehors de la zone radioactive. Mais il y a problème de périmètre de sécurité. On en arrive à la question de la sous-traitance dans l’exploitation des usines. Il y a défaut de prévoyance.

En critiquant Electrabel, n’est-ce pas une façon de vous dédouaner par rapport à ceux qui estiment que la loi de 2003 a mal préparé la sortie du nucléaire ?

Y a-t-il une des trois centrales arrêtées aujourd’hui qui l’est en raison de la loi de 2003 ? Non.

Doel 1 doit quand même être fermée en février 2015…

Cela représente 433 MW. Or, on peut gagner 1 000 MW rien qu’en prenant des mesures comme par exemple ne pas éclairer les autoroutes. Aujourd’hui, on a un problème de pic de consommation évalué à 1 900 MW. Et cela en tenant compte de la réserve stratégique (NdlR : 850 MW).

Vous estimez donc que la loi a très bien préparé l’après-nucléaire ?

Non. Je pense que la loi de 2003 prévoyait que la première centrale devait être fermée en février 2015, soit douze ans après le vote. En mai 2003, les Ecolo sont sortis du gouvernement pour une histoire de vol d’avions. Ils n’y sont plus allés depuis onze-douze ans. Pendant tout ce temps, les gouvernements successifs n’ont rien fait. Que peut-on faire dans l’opposition ? Ma vraie question est de savoir si on va prendre le problème à bras-le-corps et faire un plan industriel à l’allemande.