Belgique

Cinq mois après les attentats du 22 mars, le mari de Loubna Lafquiri, une mère de famille tuée à Maelbeek, sort de son silence et lance un appel à la tolérance.

"Elle avait entendu qu'il y avait eu des attentats. Elle avait pris soin d'appeler sa maman qui était au Maroc et qui devait arriver le jour-même ou le lendemain. Pour lui dire 'Attention, il y a eu un attentat'. Puis elle a pris le métro pour Etterbeek et voilà…", explique Mohamed el Bachiri, le mari de Loubna Lafquiri, une jeune Bruxelloise de confession musulmane tuée dans les attaques à Maelbeek, dans un récent reportage de la chaîne de télévision publique néerlandaise NOS. "J'étais conducteur de métro. Ce jour-là, j'étais en congé. On est venu me réveiller. C'est une amie à elle, aux alentours de 10h. Et on m'a dit 't'as des nouvelles de Loubna?'. Je ne comprenais pas. J'ai dit 'non, pourquoi?'. On m'a dit 'T'es pas au courant de qui s'est passé? Il y a eu une explosion à Maelbeek'. Instinctivement, j'ai pris mon téléphone, j'ai regardé la connection Viber de mon épouse. J'ai vu qu'à 9h10, il n'y avait plus rien. Et j'avais compris, je le sentais", poursuit ce Molenbeekois. Avant d'ajouter: "son visage reflétait ce qu'elle était: une belle personne, une mère aimante, une femme extraordinaire. Toujours souriante, elle aimait tout le monde".

Outre ses proches et les nombreuses personnes qu’elle côtoyait quotidiennement, la mort de Loubna Lafquiri, une maman de trois jeunes garçons de 3, 6 et 8 ans avait profondément ébranlé, en mars dernier, la communauté musulmane. Malgré elle, cette professeur de gymnastique de 35 ans, décrite comme une "maman extraordinaire" et une "femme toujours souriante", était devenue un symbole aux yeux d’une partie des membres de la communauté musulmane. Celle-ci s'était en effet sentie doublement frappée par les attentats bruxellois. L’islamophobie et les amalgames ne pouvaient que grimper en flèche, alors même que les attentats avaient également tué et blessé des musulmans. A l'époque, entre 2.000 et 2.500 musulmans s'étaient ainsi déplacées à la mosquée du Cinquantenaire, à Bruxelles, pour lui rendre un dernier hommage. Autant de raisons qui expliquent pourquoi cette première interview de Mohamed el Bachiri ne passe pas inaperçue sur la toile belge. Dans ce reportage de la NOS, le père de famille délivre un message de paix et d'amour.

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"On était des musulmans heureux, heureux d'être Belges, de vivre avec tout le monde. Allahu akbar (NDLR: expression arabe qui signifie 'Dieu est le plus grand') lorsque je souris et je tends la main à toi le juif, l'athée ou le chrétien", lit ce papa devant la caméra, avant d'expliquer avoir écrit ces quelques mots après la perte de son épouse. "Ressentir de la haine?A quoi ça sert? Je préfère ressentir de l'amour pour les vivants, pour les autres, pour mon épouse qui est partie, pour tous les gens bien. Je préfère ressentir de l'amour que de la haine pour les mauvais", insiste-t-il. Avant de poursuivre: "Je parlais d'amour. C'est déjà avoir de l'amour pour ton pays, pour l'Occident. On doit accepter qu'on est des musulmans avec une culture occidentale. Et donc ne pas avoir de l'aversion pour l'Occident. Et bien sûr, être d'accord ou pas avec certaines choses. On a le droit. Mais l'exprimer de manière, entre guillemets, normale et civilisée".

Alors que Mohamed el Bachiri continue à souffrir de la perte de son épouse, l'homme doit parfois faire face à la suspicion créée par le nom de la commune d'où il vient: Molenbeek. "Par les faits, je suis une victime. En même temps, étant de Molenbeek et m'appelant Mohamed, je suis un terroriste potentiel aux yeux du monde certainement", indique cet ancien chauffeur de métro qui n'a plus jamais emprunté, depuis lors, ce moyen de transport. "J'aimais conduire le métro et j'aimais mon boulot, l'ambiance qui y régnait. Le métro n'existe plus pour moi, on se déplace en voiture. Bruxelles n'a plus de métro. C'est trop dur pour moi", explique-t-il à nos confrères de la NOS.

Toute l'interview du mari Loubna Lafquiri est marquée par le même message: le rejet de la haine et l'appel à la tolérance. "Par le message que je délivre, je veux montrer qu'on peut s'appeler Mohamed, être de Molenbeek et être des hommes de paix et d'amour", conclut Mohamed el Bachiri.