Belgique

reportage

Un camion sur le flanc en travers de l'autoroute Bruxelles-Aix, provoquant une bonne dizaine de kilomètres de bouchons, a donné aux Liégeois, dès mardi matin, l'avant-goût de ce qu'une manifestation peut provoquer à l'entrée d'une grande ville. "Rien à voir avec notre action qui ne sera qu'un passage ponctuel, bref. Une manière de dire : nous existons, pensez aussi un peu à nous", disent en coeur plusieurs camionneurs indépendants qui se rendront ce mercredi dans la capitale.

M. Cerbara, des transports du même nom à Grâce-Hollogne, travaillant surtout avec la France, explique : "Nous allons là pour nous faire entendre des autorités, sûrement pas pour embêter les gens ni faire le blocus pendant quinze jours pour faire plier le gouvernement."

Un à la manifestation, 4 au boulot

Comme bien d'autres, il ne mettra le cap sur la manifestation qu'avec un seul de ses cinq camions. "Je ne suis pas suicidaire, dit-il. Les quatre autres vont devoir travailler, enfin dans toute la mesure où ils pourront le faire. Je suis solidaire de l'Union professionnelle des Ttransporteurs routiers et si ma petite voix, avec d'autres, peut faire changer un peu le cours des choses..." Le prix du gasoil, des accises, des charges grimpant en flèche, il éprouve les pires difficultés à être compétitif, surtout depuis l'élargissement européen. "Certains transporteurs, précise-t-il, vont même investir dans ces pays émergents. Ils s'en sortent mieux que nous qui avons du mal à nouer les deux bouts. Mais s'il y a moyen de gagner la même chose en travaillant un peu moins ou de gagner plus en faisant la même chose..."

Même son de cloche chez M. Samovitch, de la société Samo, effectuant des déménagements de meubles, frigos, pianos. Lui aussi ira à Bruxelles avec un seul véhicule. "Ce sera un peu comme une marche silencieuse. On veut attirer l'attention. Les prix du gasoil mais aussi de tout ne cessent de monter. En Espagne, en France, en Italie on a manifesté, nous voulons être solidaires. Le problème, c'est évident, est mondial. Quand certains indépendants ont payé leur carburant, il ne leur reste plus rien pour vivre. Pour Arcelor à Liège on a trouvé des sous. Et pour nous ?"

Même difficulté, stratégie différente

Dans cette grande société liégeoise à l'ombre de Liege-Airport, on souligne être assis entre deux chaises. "Certes, précise la direction, nous sommes partisans d'un gasoil industriel. Et en guerre contre l'augmentation folle du coût de la vie, mais notre société distribue des produits frais : beurre, fromages, crèmes... Il faut qu'à telle heure, tel jour, ils soient livrés dans cette grande surface sans quoi ils peuvent passer à la poubelle. Bien sûr je suis solidaire du monde du transport, mais je dois aussi penser à la pérennité de ma société et servir mes clients." Dès lors, ce mercredi, les camions tenteront de prendre la route et d'alimenter les clients habituels avec plus qu'une pensée pour les manifestants.

Pas de mot d'ordre officiel, dit Paul Tatullo, conseiller en prévention chez TTS à Grâce-Hollogne. "La liberté de chacun doit jouer, mais chez nous, en principe on travaillera ce mercredi. Nous avons des activités plus variées que de petits transporteurs." Membre de la Fédération belge des entreprises de transport (Febetra), TTS compte 230 camions et 330 travailleurs. Et de souligner que la crise semble engluée dans un halo, fruit d'une mouvance pré-électoraliste à l'horizon 2009.