Belgique

Emmanuel De Bock, chef de groupe DéFi au parlement bruxellois, a été vivement critiqué par le ministre Didier Gosuin (également membre du parti Défi) et par le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS). En cause : la sortie d'Emmanuel De Bock à propos d'un projet de réalisation de vidéos confié à Ismaël Saidi et destiné à lutter contre la radicalisation chez les jeunes. Le député avait critiqué le montant du projet et l'absence de mise en concurrence.

Suite à ces critiques, M. Saidi a informé le ministre-président qu'il renonçait à l'initiative portée par l'asbl Aviscène et financée à hauteur de 275.000 euros par la Région bruxelloise. L'artiste belge évoque des "attaques Ad hominem, suspicions, menaces" endurées depuis l'annonce du projet.

Vervoort : "C'est révoltant"

Rudi Vervoort a déploré cette défection d'Ismaël Saidi. "C'est révoltant", a-t-il réagi. "J'accuse avec une profonde amertume la légèreté des esprits chagrins et personnalités politiques qui en méconnaissance de cause, ont entrepris de détruire un projet et d'attaquer un homme de la qualité d'Ismaël Saidi, que je remercie une nouvelle fois pour son combat désintéressé, courageux et digne".

Selon M. Vervoort, "contrairement aux propos qui ont été tenus et relayés par les médias, sans la moindre vérification auprès de son cabinet, le soutien du projet a fait l'objet d'une décision en bonne et due forme du gouvernement, sur avis favorable de l'Inspection des Finances,d'une Convention, et de la mise en place d'un comité de suivi, tout en respectant l'indépendance des partenaires. Le projet soutenu l'a été après qu'il ait été proposé par Aviscène et ses partenaires, au nombre desquels Rachid Benzine, spécialiste reconnu".

Pour le ministre-président bruxellois, "il ne s'agissait donc ni de clientélisme, ni de favoritisme, mais de soutenir une rare initiative, et du reste, le seul et unique dossier du genre proposé au gouvernement, visant à répondre adéquatement à un mal social immense".

A ses yeux, il est "important dans un domaine aussi prégnant et clivant que le radicalisme de porter le débat vers les jeunes avec une personnalité bruxelloise qui a une résonance auprès de ceux-ci."

Gosuin : "De Bock a perdu l'occasion de se taire"

Le chef de file de DéFi au gouvernement bruxellois, Didier Gosuin, a lui jugé "inappropriée" la réaction d'Emmanuel De Bock. "Je partage la révolte du ministre-président Rudi Vervoort. Emmanuel De Bock a perdu l'occasion de se taire", a commenté vendredi le ministre Gosuin, interrogé par Belga.

Précisant que son analyse était partagée par le président de parti, Olivier Maingain, avec lequel il s'est entretenu à ce sujet, Didier Gosuin a jugé que face à un dossier d'une telle importance, il ne fallait pas "commencer à faire du pinaillage". Qui plus est, en s'appuyant sur des inexactitudes.

"Le cabinet de M. Vervoort a sondé le milieu avant de remettre une proposition. Les gens de la communauté musulmane ne sont pas légion à oser débattre d'un tel thème. M. Saidi est compétent pour l'aborder. Il est d'ailleurs également consulté à l'étranger. Je partage donc la révolte de Rudi Vervoort", a encore dit le ministre de DéFI.

Les critiques de De Bock

Jeudi, le chef du groupe DéFI, Emmanuel De Bock, avait fait part à la RTBF de son étonnement de voir "un montant aussi important" débloqué "alors que ce projet n'a pas encore été avalisé en conseil des ministres". Il avait déploré "une absence de mise en concurrence entre les propositions de M. Saïdi et d'autres initiatives visant les mêmes objectifs" et jugé qu'il faudrait, à son sens, "pouvoir ouvrir ce marché à d'autres acteurs, pas toujours les mêmes, notamment en publiant des offres via un site internet, en toute transparence. Au nom de la lutte contre le radicalisme, je pense que certains acteurs auraient même accepté de proposer leurs services gratuitement. De plus, si la réussite de M. Saïdi est belle et son courage important, nous ignorons quelle peut être son expertise dans la lutte contre le radicalisme", avait-il ajouté.

Ismaël Saidi est l'auteur et metteur en scène de la pièce de théâtre 'Djihad' qui retrace, avec humour, le parcours de trois jeunes Bruxellois partis faire le djihad en Syrie. La représentation a connu un tel succès que plus de 100 représentations ont été programmées en Belgique, attirant 41.000 spectateurs.