Belgique

Alors que les politiques traînent les pieds - pressentie pour le 21 juillet, la note stratégique du ministre de la Défense Steven Vandeput peut encore prendre six mois -, les industriels concernés par le remplacement des F-16 belges font monter la pression dans le turboréacteur. Hier matin, le constructeur du F-35 Lightning II, Lockheed Martin, et quatre entreprises belges ont signé un protocole d’accord - MoU, memorandum of understanding - en vue d’établir des partenariats industriels, au cas où la Belgique choisirait cet avion.

Les entreprises belges concernées sont la Sonaca à Gosselies, la Sabca et Ilias Solutions à Haren, Esterline Belgium, anciennement Barco, à Courtrai. De ces quatre acteurs industriels, seul le dernier participe déjà au programme F-35, pour les écrans de visualisation. Asco (Zaventem), qui fabrique déjà une importante nervure de fuselage du F-35, était présent lors de la signature mais est toujours en discussion avec l’avionneur.

C’est la première manifestation officielle de l’intérêt des candidats au remplacement des F-16 à collaborer étroitement avec l’industrie belge. A côté de Lockheed Martin (F-35), des contacts préliminaires, sous forme d’un questionnaire non contraignant à cinq agences étatiques, ont été pris avec Boeing (F/A-18E/F), Dassault (Rafale F3R), Saab (JAS-39E/F Gripen) et Airbus Defense&Space (Eurofighter Typhoon).

Tous les grands fournisseurs belges confirment être en contact avec les cinq candidats. Le seul à confirmer des protocoles d’accords semblables à ceux signés hier, c’est Dassault. Le premier sur la balle, l’avionneur français y travaille depuis un an. Six entreprises belges ont déjà signé, parmi lesquelles Sabca, Sonaca, BMT et Thales Belgium, et trois doivent encore parapher ce que, chez Dassault, on appelle une LOI, Letter of intention.

Tout le monde s’accorde pour dire que c’est le début du début. Selon Bernard Delvaux, patron de Sonaca, "c’est un événement extrêmement préliminaire dans un processus qui va prendre énormément de temps". Ces lettres d’intention ou protocoles d’accord ont beau n’avoir aucune portée contraignante, ils ont le mérite de signifier une volonté de faire affaire avec les entreprises locales.

Que Lockheed ouvre officiellement le bal fait sourire certains, l’avionneur américain ayant la réputation de ne pas être très volontariste ni actif en termes de retours industriels. Son avion est celui qui endure les plus vives critiques sur ses capacités opérationnelles réelles et ses importants dépassements de délais et de budgets. Une chose est sûre : de par son côté international, c’est le F-35 qui, comme le F-16, a les perspectives de ventes les plus importantes.

Comment les industriels belges vont-ils s’y retrouver là-dedans ? Sur l’avion acheté, quelle que soit l’option choisie, il n’y aura pas grand-chose à faire, tous les programmes ayant été lancés il y a belle lurette. Pour rappel, en son temps, la Belgique a refusé l’invitation de monter dans le F-35 alors JSF (Joint Strike Fighter).

Pistes de collaboration

Dès lors, si Lockheed n’a rien voulu préciser, Jack Crisler, vice-président développement affaires et intégration stratégique du F-35, a évoqué des pistes de collaboration dans les technologies avancées de la défense, de l’espace, de l’aéronautique, de l’informatique et de la sécurité. Pour d’autres, comme Dassault ou Boeing, ce peut être dans les avions d’affaires ou commerciaux.

En attendant, le gouvernement doit trouver un cadre légal à ces retours puisque les retombées économiques sont désormais bannies par la législation européenne. Et l’appel d’offres, tant attendu par l’industrie, ne pourra intervenir qu’après la publication de la note stratégique.