Belgique

Entretien

Vous vous représentez à la présidence du Mouvement Réformateur. Vous assumez donc cette double fonction : président de parti et vice-Premier ministre ?

Je remets mon mandat à la disposition des membres du parti après quatre ans de présidence. Nous sommes dans le bon timing afin de mettre complètement le parti en ordre de marche à tous les niveaux de pouvoir. Je suis, en effet, candidat à un second mandat de président. Sur le cumul, j'assume. C'est clair. Si c'est pour défendre son parti et ses idées dans une coalition, il n'y a pas de problème. En revanche, si je devais présider un gouvernement de coalition, ce serait trop difficile : cela demande de la disponibilité et, donc, le cumul deviendrait trop délicat.

Avec quel bilan vous présentez-vous ?

En quatre ans, nous avons gagné les élections communales de 2006, puis les fédérales de 2007. Avec l'équipe, nous avons modernisé le parti - cela va d'un nouveau siège à un service de communication renforcé. Mon sentiment est qu'au MR, cela fonctionne bien. Dès lors, pourquoi changer une équipe qui gagne et qui a des résultats ? Après un premier mandat de quatre ans, modestement, nous pensons avoir bien fait. Alors je dis aux membres du parti : j'ai envie de relever les défis qui sont devant nous. C'est avant tout les défis régionaux wallon et bruxellois. La seule chose que je demande, c'est un peu moins d'arrogance à notre égard...

Généralement, c'est vous que l'on dépeint comme "arrogant"...

Je n'ai jamais rien dit mais, à l'époque, on m'a traité de "danger pour la démocratie". Ce ne devait pas être si terrible que cela quand je vois que chez certains, à quelques-uns dans une arrière-salle, on peut décider de faire la même chose. Au MR, ce sont les membres qui décident de confier un mandat de président. C'est très démocratique. Je demande donc que certains changent de ton et soient moins arrogants à notre égard.

Qu'espérez-vous en juin 2009 : être le premier parti dans les Régions ?

L'objectif reste le même qu'en 2007 : faire bouger le centre de gravité. Le poids du Mouvement réformateur doit devenir plus important. Le MR doit devenir, si possible, le centre de gravité de la vie politique. C'est ce qu'on essaye de faire en Wallonie et à Bruxelles. Nous voulons remporter les élections parce qu'on n'a jamais vu, en Belgique, les libéraux entrer dans un gouvernement uniquement pour leurs beaux yeux. En 2007, ce qui était attendu, c'était qu'on soit jeté dehors - comme en 2004 aux Régionales - mais ça n'a pas fonctionné : nous avons gagné.

Qui veut vous jeter hors des majorités ?

Mais le PS et le CDH : c'est évident. Il nous faudra donc faire le meilleur résultat possible.

Pour faire quoi et avec qui ? Vous parlez beaucoup de la Wallonie : êtes-vous tenté par un débarquement à Namur ?

J'ai fait le choix d'assumer une fonction, lourde, au gouvernement fédéral et de présider un parti. Je n'exclus évidemment pas, si les électeurs voulaient réellement changer les choses dans le sud du pays et qu'une majorité se mette en place pour prendre des décisions fortes, pouvoir un jour exercer d'autres fonctions. En ce compris celle-là. Je ne peux pas tenir un discours aussi fort sur les changements nécessaires dans le sud du pays et ne pas considérer que, si je peux y apporter quelque chose, j'irais. Mais avant cela se posera le problème de l'orientation politique. Si un jour je le fais, il faudra trouver d'autres personnes pour exercer des fonctions fédérales. Le MR ne manque pas de gens compétents, Sabine Laruelle ou Charles Michel pourraient prendre le relais. Je ne suis pas opposé à un changement d'orientation mais je ne réfléchis pas en termes de rôle personnel. Cela dit, je pense qu'aujourd'hui les leviers pour l'action socio-économique sont encore beaucoup plus importants au fédéral que dans de nombreux départements régionaux. On ne sortira pas du débat institutionnel sans revoir en profondeur la situation des francophones.

Pour quelqu'un qui aura peut-être des ambitions régionales, est-il perspicace de dresser un tableau aussi noir de la Wallonie ?

On voudrait que je répète que tout va bien : non ! Ça, c'est la méthode de représentant de commerce de la majorité. Je ne suis pas là pour dire que tout va mal mais pour dire que ce changement que nous voulons apporter, c'est, comme dit la pub, parce que Bruxelles et la Wallonie le valent bien. Il y a des tas de réussites et de talents en Wallonie et à Bruxelles mais il faut les développer correctement. Alors, ça marche, comme dans le Brabant wallon. Pourquoi est-ce que ça fonctionne correctement dans le Brabant wallon mais, dès que l'on va dans le Hainaut ou autour de Liège, ça marche moins bien ? Dans le Luxembourg, à Namur, ça ne marche pas trop mal, mais on peut faire mieux. Les Régions valent mieux que ce qu'on leur offre aujourd'hui.

Quand on voit les chiffres, cela va quand même un peu mieux...

Avec une Région qui part de très loin, c'est la moindre des choses que ça aille mieux. Si, en plus, on avait reculé, ce serait une honte. Aujourd'hui, je constate qu'on se réjouit parce qu'on arrive à 15 pc de chômage en Wallonie, mais l'écart se creuse encore avec la Flandre. Pourquoi est-ce que l'ambition est aussi étriquée ? Nous avons les talents, mais pourquoi les pouvoirs publics n'interviennent-ils pas correctement pour renforcer tout cela ?

Vous avez été au pouvoir pendant cinq ans, jusqu'en 2004, aux Régions et à la Communauté : avez -vous fait mieux ?

Prenez l'enseignement : Pierre Hazette a mis en place une réforme intelligente à laquelle on n'a d'ailleurs pas beaucoup touché. Il faut redonner le goût de l'excellence et de l'effort aux étudiants. Et de quoi a-t-on parlé cette législature ? Des sodas à l'école, des cartables et du décret inscription... C'est n'importe quoi ! Si même les recteurs disent aujourd'hui : arrêtez vos stupidités, c'est qu'on a quand même un problème. L'économie ? Serge Kubla avait intelligemment lancé les choses, regardez ce qu'on en a fait : un scandale wallon où la politicaille vient s'affronter. Prenez le logement social ou l'urbanisme : c'est catastrophique. La gouvernance ? Moi, je n'ose même plus conseiller à quelqu'un de présenter sa candidature à la Région wallonne. Ça ne sert à rien. Je leur dis plutôt d'aller s'inscrire chez les présidents de parti de la majorité. Il y a un lotissement total de toute l'administration wallonne et même des parastataux. Rien n'a changé.

Or nous avons besoin d'un changement profond. Et encore plus si on croit à l'avenir de la Belgique. Parce que l'écart qui se creuse entre le Nord et le Sud accroît les tensions, évidemment. Baisser les charges sur les entreprises, qui en a le plus besoin ? Mais la Région qui a le plus besoin de créer de l'activité, c'est évident !

Le PS est au pouvoir depuis plus de vingt ans en Wallonie. Est-il plus responsable que les autres partis de cet état ?

Oui. Mais cette tendance, je constate que le CDH l'assume complètement aussi. Sur plusieurs sujets, le CDH adopte une position identique - voire va même au-delà du PS.

Si vous remportez les élections, vous devrez choisir un allié. Lequel privilégierez-vous ?

On verra les résultats. Ensuite, on essayera de faire un programme. En juin 2007, on a essayé de faire pareil, de monter un gouvernement correspondant aux résultats des élections, ça n'a pas été possible.

Mais a priori il n'y a pas un parti avec lequel vous vous verriez "porter le changement" en Wallonie et à Bruxelles ?

Il y a des éléments contradictoires. Nous avons des proximités évidentes sur certains thèmes avec Ecolo. Par exemple, nous sommes les deux partis qui récoltent le plus de succès auprès des jeunes électeurs. Il y a un côté modernité, gouvernance sur lequel nous nous rencontrons. Beaucoup d'autres sujets nous divisent. Mais, d'une certaine façon, Ecolo est en conflit avec tout le monde. Donc, ce sera une question de négociation, par exemple sur le nucléaire, l'énergie et le développement durable. Avec le PS, l'idéologie nous divise. Les socialistes sont parfois caricaturaux. Mais quand un accord est pris, il est respecté. Avec le CDH, la proximité faciale est la plus grande. Logique, le MR est au centre-droit, le CDH nous dit qu'il est au centre... Je ne suis pas mathématicien mais on ne doit pas être loin l'un de l'autre. Dans les faits, on constate que le CDH est un parti de gauche. Le problème, donc, avec le CDH, c'est de savoir s'il est possible de mettre en place une vraie politique de centre-droit. Ajoutez à cela la difficulté de boucler un accord...

C'est peut-être un problème de personnes avec le CDH ?

Il y a plusieurs personnes aux CDH ? Je constate que si on veut un accord avec le CDH, il n'y a qu'une seule personne à contacter.

Entre Charles Michel et Melchior Wathelet, le courant passe bien. C'est entre vous et Joëlle Milquet que cela coince...

Si nous nous entendons bien avec Melchior Wathelet, c'est peut-être parce que Melchior Wathelet n'est pas sur la même ligne que Joëlle Milquet.

Pourquoi avoir lancé la campagne électorale si tôt ?

Il faut bien qu'un président la lance. J'ai lu qu'un président de parti estimait préférable que la campagne ne dure que deux ou trois mois. Je pense même que, pour certains ministres, il vaudrait mieux qu'elle n'ait pas lieu pour qu'on ne se demande pas ce qu'ils ont fait ou pas fait...

Si les élections sont uniquement régionales et européennes, serez-vous candidat ?

Utiliser les élections européennes pour chercher un plébiscite, ce n'est pas mon style... Nous avons un excellent candidat en la personne de Louis Michel. Pour les Régions, l'état d'esprit des fédéraux est plutôt de ne pas s'engager dans le débat. Tout cela n'empêchera pas qu'une fois les élections passées, on verra comment déployer au mieux les forces d'un parti.

Sur le plan institutionnel, que se passera-t-il dans les prochains mois ?

Il n'y aura rien de fondamental avant 2009. Sur ce point-là, libéraux du Nord et du Sud sont d'accord.

Que vont faire les négociateurs avant 2009, alors ?

C'est toujours utile de préparer le terrain. Il restera des arbitrages. Mais nous, nous avons toujours dit "oui" à la négociation. Du côté francophone, tous le disent aussi, à présent. Encore faudra-t-il voir si cela est vrai. Cela dit, on ne sortira pas du débat institutionnel sans revoir en profondeur la situation des francophones. Je regrette toujours qu'il n'y ait pas un ministre bruxellois francophone qui travaille avec les ministres wallons. On essaye de trouver des formules... Il suffit de les mettre ensemble. Il y a des choses que l'on peut faire immédiatement. Un gouvernement qui regroupe tous les ministres wallons et tous les ministres francophones bruxellois, cela peut se faire par simple décision politique. Cela aurait peut-être évité qu'il n'y ait pas un mot - pas un mot ! - sur Bruxelles dans le plan Marshall. La réunion des ministres francophones permettrait de résoudre ce débat Communauté/Région qui mine les francophones depuis vingt ans. Si vous avez tous les ministres francophones ensemble, vous avez une Communauté.

Vous dites oui à la négociation institutionnelle, mais Olivier Maingain, le président du FDF, pose des préalables : la nomination des bourgmestres, par exemple.

Nous disons cela depuis le début et cela ne nous a pas empêchés de négocier un premier paquet et de déposer des textes. Mais il est clair que nous n'arriverons pas à une véritable réforme de l'Etat si on ne règle pas tous les problèmes. Je ne vais pas les répéter tous les jours.

Il y a quand même un compteur qui tourne toujours concernant les propositions de scission de BHV. Les francophones actionneront-ils les procédures nécessaires pour empêcher ce vote ?

Si chacun est raisonnable, on pourra atteindre les élections de juin 2009 sans problème. Mais cela demandera des efforts de part et d'autre. Si la volonté flamande est de venir tout le temps à la Chambre avec ces projets, cela posera un problème.

Le gouvernement flamand a présenté son plan, "une main tendue". Mais pour certains francophones, c'était une provocation. Pour vous ?

Il y avait deux volets. Tout d'abord le rappel des positions flamandes : scission sans compensation, etc. Cela ne m'a pas surpris. Ensuite, ce qui m'a, je ne vais pas dire séduit, mais intéressé, c'est qu'en deux jours, ils ont dit que Bruxelles pouvait être à table, qu'on pouvait partir d'une page blanche et qu'il n'y aurait pas de calendrier. Et qu'enfin, les francophones pourraient choisir leurs représentants.

Tant que les présidents de parti n'entrent pas en scène, après juin 2009, rien de sérieux ne se passera ?

Tout dépend de ce que l'on entend par sérieux... Lors de la discussion avec les sages, des progrès ont été enregistrés. On verra si ceux et celles qui vont y aller pourront réellement engager leur parti. Chez nous, il n'y a jamais eu de problème...

On vous reproche de ne pas y aller...

Il faut savoir ce que l'on veut. J'entends des critiques me concernant et quand j'annonce que je n'y vais pas, on me dit que je vais déforcer les francophones. Je pense qu'il y a d'autres priorités. Et je vous avoue qu'être vice-Premier ministre, ministre des Finances et président de parti, cela m'occupe déjà.

Regrettez-vous qu'Yves Leterme n'y aille pas ?

C'est un constat. C'est un changement. La Flandre considère qu'aujourd'hui ce n'est pas le Premier ministre qui doit gérer le débat institutionnel. Cela me surprend.