Belgique

Après 62 jours d'audience et 17 semaines de procès, l'arrêt est tombé dans le dossier Dutroux. Les quatre accusés, qui comparaissent dans le box depuis le 1er mars, ont écopé de peine d'emprisonnement variant entre 5 ans (pour Nihoul) et la perpétuité (pour Marc Dutroux). L'arrêt a été qualifié de «juste » par la plupart des parties, même si certaines parties civiles ont dit avoir «un goût de trop peu ».

La cour a prononcé le maximum de la peine pour Marc Dutroux. Elle a suivi les réquisitions du parquet et l'a condamné à la réclusion à perpétuité et a ordonné sa mise à disposition du gouvernement pour une durée de 10 ans. Cette mesure, qui s'applique à des personnes condamnées à au moins trois reprises dans un délai de 15 ans, signifie que, à l'issue de sa peine, le condamné tombe sous l'autorité du ministre de la Justice qui peut ordonner son maintien en prison. Le condamné à la possibilité d'introduire des recours contre cette décision.

Marc Dutroux, qui a effectué 4 ans de détention préventive, pourrait, en théorie, être libérable en février 2014. C'est à ce moment qu'interviendrait cette mesure.

Durant le prononcé de l'arrêt, Marc Dutroux n'a pas bougé. Selon son conseil, Me Magnée, son client est resté imperturbable car il estime que cet arrêt «n'est qu'un moment intercalaire entre ce procès et le dossier bis », dans lequel il pourrait se constituer partie civile. Via son conseil, Marc Dutroux a également annoncé qu'il se pourvoirait en cassation. «Je le suivrai s'il y a un moyen », a commenté Xavier Magnée.

Me Thierry Bayet, le conseil de Michelle Martin, a également fait savoir qu'il allait réfléchir à un éventuel recours devant la plus haute cour du pays. Michelle Martin a été condamnée à la peine requise par le parquet général, à savoir 30 ans d'emprisonnement. Me Bayet a expliqué qu'il ne comprenait pas pourquoi sa cliente écopait d'une peine différente de celle de Michel Lelièvre.

Le complice de Marc Dutroux dans les enlèvements et les séquestrations a en effet été condamné à une peine de 25 ans d'emprisonnement, soit 5 ans de moins que ce qui avait été requis par le parquet. Son conseil, Me Olivier Slusny, a déclaré qu'il s'agissait de la «peine de la raison ».

Michel Nihoul est le seul des quatre accusés pour lequel la cour a retenu des circonstances atténuantes. Le quatrième accusé, qui aurait pu écoper d'une peine oscillant entre 10 et 20 ans de prison, a finalement écopé d'une peine de 5 ans. Les juges ont tenu compte de toute absence de condamnation criminelle antérieure et du délai écoulé depuis les faits. Il a comparu libre tout au long du procès et son arrestation immédiate n'a pas été requise par le parquet. Michel Nihoul a repris le chemin de son domicile à la côte après le prononcé de l'arrêt.

Me Xavier Attout a qualifié l'arrêt de «super succès ». Me Frédéric Clément de Cléty a quant à lui parlé de «réconciliation entre la Belgique et sa justice ».

Si les conseils de Sabine Dardenne et de la famille Lambrecks se sont déclarées satisfaits par la décision, Jean-Denis Lejeune, Paul Marchal et les conseils de Laetitia ont regretté que seulement 5 ans aient été infligés à Michel Nihoul. Jean-Denis Lejeune, qui s'est dit quelque peu déçu, s'est pour sa part inquiété de l'éventuelle libération «à moyen terme » de Michel Lelièvre et de Michelle Martin, dont il doute de la capacité à se réinsérer.

De cette dernière journée du procès pénal, on retiendra aussi l'émotion du président Goux qui a adressé ses félicitations aux jeunes avocats qui ont plaidé pour la première fois aux assises et ses remerciements aux jurés et à l'ensemble des acteurs du procès; mais aussi ses «derniers mots » aux accusés. «Marc Dutroux, vous vous en sortez quand même mieux que vos victimes qui ne sont plus de ce monde.

Michelle Martin, si vous êtes une femme soumise, vous veillerez à ne plus fréquenter que des gens de bonne influence. Michel Lelièvre, je vous ai rencontré aux assises de Namur quand vous étiez témoin de moralité pour votre frère, poursuivi pour faits liés à la drogue. Si vous ne consommez plus de drogue, vous pourrez peut-être avoir une vie normale après votre libération. Michel Nihoul, votre âge et votre état de santé vous ont assagi. Il était temps », a-t-il déclaré.

Le procès civil se poursuivra mercredi matin. Il s'agit pour les parties civiles de réclamer des dommages moraux et des indemnités.