Belgique

Combien de "gilets jaunes" comptera-t-on ce vendredi dans les rues de Bruxelles ? Et où se rassembleront-ils ? Difficile à dire. Une manifestation initialement prévue et autorisée par la police de la capitale, qui devait partir du Cinquantenaire à 13 heures en direction de la rue de la Loi, avait été reportée. En cause, l’impossibilité de constituer le service d’ordre requis par les autorités (un steward pour 50 manifestants).

Mais la détermination des "gilets jaunes" de monter sur Bruxelles semble intacte, même sans événement organisé. Sur les réseaux sociaux, la mobilisation se poursuit. Beaucoup annoncent qu’ils se rendront dans les rues de la capitale pour exprimer, pêle-mêle, leur ras-le-bol contre la hausse des prix des carburants, de l’électricité, du chauffage et la baisse du pouvoir d’achat, qu’ils vivent cruellement.

Deux mondes parallèles

Dans ce mouvement social inédit, sans véritable structure, sans leader et sans porte-parole, ce qui réunit les membres, c’est un sentiment d’abandon tout en bas de l’échelle sociale. Ceux qui se définissent comme "la voix du peuple" ne trouvent plus aucun point commun avec les autres strates de la société. La fracture est totale, et le gouffre béant. Comme s’il y avait désormais deux mondes parallèles, celui d’en haut et celui d’en bas - le leur -, sans plus aucune communication. Deux univers apparemment irréconciliables. Les politiques, les élus ? Des élites ! Les syndicats ? Des complices ! Les médias ? Des vendus ! Des corrompus ! Face à tout ce qui apparaît comme faisant partie du "système", la défiance est de mise. Et la méfiance, totale.

À La Libre, nous avons essayé de comprendre qui étaient les membres des "gilets jaunes". Beaucoup n’ont pas voulu répondre, en exprimant leur refus dans des termes parfois violents. "Médias de merde, va !", "C’est le peuple qui parle au peuple : on n’a rien à dire aux merdias", "Il vaut mieux ne pas collaborer avec les collabos des élites." Certains ont accepté, en leur nom propre, de s’exprimer. Leurs propos témoignent d’un désarroi profond, doublé d’une rage sourde. Et du sentiment d’être niés et méprisés par les politiques et le système.