Belgique

Lorsque les Cellules communistes combattantes, dont le sigle “CCC” frappé d’une étoile rouge restera célèbre, commettent le premier de leurs 30 attentats, le 2 octobre 1984, la Belgique ne sait pas encore qu’une bombe tuera deux pompiers bruxellois, en avril 1985. Involontaire, mais il n’empêche : les CCC deviennent tueuses. Leur parcours prend fin le 16 décembre 1985 à Namur. Les quatre membres identifiés du groupuscule, Pierre Carette, Pascal Vandegeerde, Bertrand Sassoye et Didier Chevolet (on soupçonne qu’il y en a eu d’autres) sont jugés par la cour d’assises du Brabant qui prononce, le 21 octobre 1988, les travaux forcés à perpétuité. Non récidivistes, ils peuvent cependant espérer une libération conditionnelle à dater de 1996. Mais rien ne se passe. “Détenus politiques !”, jure alors l’extrême gauche, en particulier l’Apapc (Association des parents et amis des prisonniers communistes) qui, lors de ses “Journées du prisonnier révolutionnaire”, ne manque pas d’inviter l’un ou l’autre proche des membres d’Action directe.

QUATRE DESTINS, UNE DIFFÉRENCE

L’instauration des commissions de libération conditionnelle, le 1er mars 1999, change la donne. Cela fera tout juste un an, ce dimanche: Pascale Vandegeerde quitte la prison de Namur le 4 février 2000. Didier Chevolet en fait autant à Huy le 9, Bertrand Sassoye à Lantin le 10 juillet. Et Pierre Carette reste détenu à Mons. Qui sont les CCC, libres ou non, aujourd’hui?

Pascale Vandegeerde, âgée de 43 ans, semblait, en présentant son plan de réinsertion, la moins armée pour réintégrer la société. Tentée par l’architecture de jardin – elle travaillait bénévolement, en prison, à l’embellissement de la promenade –, elle n’avait toutefois pu réussir à trouver une formation à l’horticulture adaptée à son cas. Son reclassement devait alors passer par une formation préalable à l’informatique.

Quant à Didier Chevolet, peu loquace en quittant sa prison, il avait néanmoins souligné qu’il souhaitait “retrouver une place dans la société le plus rapidement possible”. Il comptait obtenir un emploi dans le domaine du graphisme – où il excelle. Au plan politique, il a succinctement fait savoir qu’il était “toujours communiste” parce que “le communisme est plus humain que le capitalisme”. Pourtant, il pensait “plus que probable, qu’il ne participerait plus à la lutte armée”. Exit donc les bombes visant les intérêts américains, les institutions financières, les pipe-lines de l’Otan. Exit ? Sûrement: il ne fait guère de doute que les activités de M. Chevolet, comme celle de ses coreligionnaires, sont et seront quelque peu surveillées.

Mais l’attitude modérée de ce quadragénaire, né en 1955, n’est pas partagée par tous. Bertrand Sassoye (43 ans) n’a par exemple pas varié. Deux jours après sa libération, il affirmait dans la presse: "Je n’ai rien renié de mes opinions politiques. Je reste marxiste-léniniste, (…) révolutionnaire. Et convaincu de la nécessité d’une révolution, d’une lutte armée en Belgique, d’une prise du pouvoir par la violence”. Le mérite de la clarté et de la sincérité… Archiviste de formation ayant suivi des cours d’anglais puis d’opérateur de saisie, pendant sa détention, M. Sassoye s’est attaché à lancer une bibliothèque, en prison, où l’on indique qu’il avait mené cette tâche “irréprochablement”. Rien de surprenant à ce que son programme de réinsertion l’ait dépeint comme un futur libraire, d’autant que son père exerce lui-même le métier de bouquiniste. Pourtant – aléas de la vie ? –, c’est finalement dans un café-restaurant de la capitale qu’il travaillerait désormais.

Quant à Pierre Carette, un ancien imprimeur de 48 ans qui reste le plus ancien détenu non récidiviste, il a par exemple entrepris, au mois d’août 2000 à la prison de Mons, une grève de la faim en solidarité avec la militante turque du DHKP-C, Fehriye Erdal, assignée à résidence en Belgique. L’internationale communiste… Le 15 décembre dernier, l’Apapc – où milite entre autres le père de Bertrand Sassoye – se manifestait à nouveau, alors que M. Carette entrait dans sa 16e année de réclusion en faisant une nouvelle grève de la faim, pour soutenir l’action de Turcs d’extrême gauche détenus dans leur pays. L’association, dans un communiqué, reprenait le slogan “Ni repentir, ni capitulation”.

Bilan général : Didier Chevolet, toujours communiste, a tempéré sa colère. Pascale Vandegeerde et Bertrand Sassoye souhaitent de leur côté maintenir une activité politique, “particulièrement dans le domaine de la solidarité avec les révolutionnaires encore emprisonnés, dans le cadre de l’Apapc”, indiquaient-ils jusque dans leur programme de reclassement. Où on lit également, comme pour Pierre Carette, qu’ils regrettent le décès des deux pompiers mais non les dégâts infligés à des organismes qui ne sont que des “prédateurs qui soutiennent et tirent profit d’un ordre social fondé sur l’exploitation et l’injustice”. La prison n’a guère eu d’effets sur leurs convictions.