Belgique

Ce mardi, l'UCL a loué ses locaux pour une conférence publique organisée par l'association European Muslim Network, un think tank qui regroupe des intellectuels musulmans européens dont Tariq Ramadan, sur le thème "L'Europe face à la 'radicalisation' : de la nécessité d'un engagement commun !". Sur le banc des invités seront présents le directeur de recherche émérite du CNRS, François Burgat, le professeur d'université, ex-ministre et ancien bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux, ainsi que le conférencier, islamologue et théologien, Tariq Ramadan. Ce dernier animera d'ailleurs une conférence spirituelle intitulée "Pour un djihad de la citoyenneté active".

Depuis l'annonce de la présence du petit-fils d'Hassan El-Banna, fondateur de la branche palestinienne des Frères musulmans, les réactions se multiplient. Aymeric de Lamotte, conseiller communal MR à Woluwe-Saint-Pierre et avocat, s'est d'ailleurs indigné sur sa page Facebook. "Quel message désastreux envoyé à notre jeunesse ! Pourquoi ne pas inviter Mohamed Sifaoui, Kamel Daoud ou encore ZIned El Rhazoui qui réclament sans ambages la venue d’un Islam des Lumières au péril de leur vie ?", propose-t-il, avant de poursuivre : "Tariq Ramadan est un homme dangereux auquel il faut donner le moins possible la parole. Sifaoui explique dans son excellent livre "Pourquoi l’islamisme séduit-il ?' que Ramadan est un ambassadeur de l’islamisme en Europe. Il a avoué être un salifiste réformiste, explique souvent à ses auditoires que 'les lois de Dieu' sont supérieures aux lois des hommes et ne condamne pas clairement la lapidation des femmes."

La réaction du conseiller communal ne s'arrête pas là, lui qui pointe du doigt la dangerosité de laisser Tariq Ramadan s'exprimer dans "une Bruxelles minée par les fractures sociales et qui a tant besoin de rebâtir un vivre-ensemble sur un socle commun de valeurs démocratiques dont on ne peut transiger."

D'autres personnes ont partagé leur incompréhension et leur mécontentement sur Twitter, parmi lesquelles figure Alain Destexhe, le sénateur MR :


De son côté, l'UCL a tenu à préciser que l'université ne faisait que "louer le local à l'association".

Tariq Ramadan: "Quand on annonce ma venue, les pressions affluent"

"Invité du samedi" de La Libre Belgique le 20 décembre 2014 (un entretien à découvrir ou à redécouvrir ici), Tariq Ramadan avait notamment tenu à répondre à ses détracteurs qui l'accusent de tenir un double discours. "Cette réputation sulfureuse est née en France et s'est répandue un peu à Genève et en Belgique. Je vis cette chose assez étrange dans ces pays francophones : certaines institutions s'interdisent de m'inviter ou, quand on annonce ma venue, les pressions affluent", avait-il débuté, tout en précisant le fond de sa pensée quant à l'Etat laïque, "Si on m'écoutait pour ce que je dis, on s'apercevrait que mon travail consiste en une tentative de réconciliation. La première chose que je demande : appliquer la laïcité comme elle est, dans sa lettre et dans son esprit, égalitairement et pour tout le monde."

Il rétorquait également que "quand on me dit que j'ai un double discours, je demande où il se trouve... Sur mon site, mes pages Facebook et Twitter, le discours est le même exposé à tous les publics en trois langues ! Demandez à ceux qui parlent arabe si je dis autre chose dans cette langue".

Le jeudi 17 décembre 2009, l’émission Sur les docks de France Culture diffusait "Tariq Ramadan et son double" afin de prouver le double discours de l'islamologue suisse.



La conférence débute à 19h à l’UCL Bruxelles, au 51 avenue Emmanuel Mounier à Woluwe-Saint-Lambert. Le tarif de l’entrée est fixé à six euros.