Belgique

"Back to reality". Les vacances de "printemps" sont terminées. Du côté de l’Olivier francophone, on relance les dossiers. Youpie. Et avec eux, les sempiternelles crispations. La réforme du paysage de l’enseignement supérieur portée par le ministre socialiste, Jean-Claude Marcourt, est toujours en cours d’accouchement. Ceci étant, on vous l’annonçait il y a deux semaines, cela avance.

Pour rappel, le projet ministériel prévoit la mise en place d’une structure à trois niveaux : une Académie de recherche et d’enseignement supérieur (Ares) "chargée de la visibilité de notre enseignement supérieur sur la scène internationale" et du pilotage de l’ensemble des universités et hautes écoles concernées ; cinq pôles géographiques s’occupant des matières liées au sol, aux services et aux infrastructures; enfin, trois zones académiques dites "interpôles", essentiellement focalisées sur l’aide à la réussite et pouvant rendre des avis sur les nouvelles habilitations dans l’enseignement supérieur de type court.

On le sait, le ministre Marcourt aurait "idéalement" voulu faire passer son avant-projet de décret en seconde lecture en gouvernement de la Communauté française avant les vacances de Pâques. Mais voilà, les débats ont finalement été reportés.

En cause : l’absence de consensus entre les partenaires de la majorité essentiellement sur deux points : d’une part celui relatif à l’obligation de coorganisation et/ou de codiplômation entre plusieurs établissements du pôle dispensant des études d’un même domaine pour toute nouvelle habilitation, un principe décrétal que le CDH - défendant les intérêts de l’UCL et du Segec notamment - voudrait voir abrogé, ou à tout le moins assoupli; d’autre part celui concernant la représentation des établissements d’enseignement supérieur non-universitaire au sein des différentes instances et ce, via les pouvoirs organisateurs (PO). Une demande expressément formulée par le Segec - et par le CDH donc - mais mal accueillie par Ecolo.

Ce jeudi, les principaux ministres du gouvernement de la Communauté française se rencontrent. Le dossier devrait être abordé. De là à miser sur un accord...

Côté cour

"La concurrence est un gage de qualité"

Vincent Vandenberghe est professeur d’économie à l’UCL. Il est spécialisé dans les questions relatives à la gouvernance et au financement de l’enseignement supérieur en Communauté française.

Dans une perspective internationale, quel regard portez-vous sur la réforme du ministre Marcourt ?

A mes yeux, nous allons totalement à contre-courant de ce qui se fait aujourd’hui à l’étranger. En termes de gouvernance du moins. Alors que nous bénéficions chez nous d’un système décentralisé basé sur une collection d’établissements le plus souvent structurés en ASBL, nous nous apprêtons à emprunter le chemin inverse à celui désormais privilégié dans la majorité des pays voisins, notamment en France, en Norvège ou encore en Autriche. Des pays qui aspirent à toujours plus d’autonomie et de concurrence pour et entre leurs établissements d’enseignement supérieur.

Plus de concurrence dites-vous ?

Exactement. Ce n’est pas parce que le financement de notre enseignement supérieur est public qu’il ne peut y avoir d’émulation entre les unifs. Une concurrence bien paramétrée constitue un gage de qualité. Un bénéfice que le ministre Marcourt ne semble visiblement pas percevoir, puisqu’il prône, à l’inverse, moins de concurrence et plus de collaborations entre les établissements.

Que proposez-vous ?

Je pense qu’il faut conforter notre héritage en matière d’enseignement supérieur, mais améliorer son financement. A l’instar de ce qui se fait en Flandre. Via le principe de l’output, les établissements reçoivent un budget selon une série de critères numériques, notamment le nombre de diplômés sortants ou encore d’articles scientifiques publiés. Plutôt que d’investir dans une superstructure, paramétrons davantage le financement de notre enseignement supérieur.

Côté jardin

"Collaborer est indispensable"

Jean-François Bachelet est sociologue à l’ULg. Il est spécialisé dans les questions relatives aux transformations internes aux universités.

Dans une perspective internationale, quel regard portez-vous sur la réforme du ministre Marcourt ?

Je me demande si ce n’est pas un faux problème que de s’interroger sur la correspondance ou non d’une structure par rapport à celles en vigueur dans d’autres pays. J’aurais plutôt tendance à dire que, d’une manière ou d’une autre, toutes les universités organisent leurs recettes en fonction des contraintes locales, mais évoluent vers le même type d’objectif, à savoir le fait d’être une université ouverte internationalement. Les réformes locales, comme celle du ministre Marcourt, témoignent d’enjeux locaux. Et finalement, dans le débat actuel, on peut se dire qu’il suffirait d’un changement de ministre ou de majorité gouvernementale pour qu’une autre structure voit le jour, et par conséquent pour que les avis à ce propos se renversent. Ce sont des enjeux locaux ici, et donc difficilement comparables à l’échelle internationale.

On se trompe de débat donc ?

Je n’affirmerais pas cela. Je dirais plutôt qu’il y a deux débats. D’abord un débat local où la notion de rationalisation et de collaboration entre établissements est indispensable, puis un débat international lié au fait que les unifs doivent s’adapter aux exigences de la globalisation. Là où on se tromperait de débat, c’est en se disant qu’il faut absolument une réforme.

Une réforme est inutile selon vous ?

Inutile, je n’en sais rien. Ce que je crois, c’est que cette réforme ne va pas changer grand-chose à la situation des unifs et des hautes écoles.