Belgique

La cour d'assises de Bruxelles entend ce vendredi matin depuis 9h00 plusieurs personnes qui se sont constituées partie civile contre Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, les deux accusés de l'attentat au Musée juif de Belgique, commis en mai 2014 à Bruxelles.

Le procès sur l'attentat au Musée juif de Belgique perpétré en mai 2014 se poursuit vendredi avec l'intervention de parties civiles. L'audience a toutefois commencé par une question plus juridique, le parquet demandant le visionnage des auditions filmées du principal accusé, Mehdi Nemmouche, et une expertise psychiatrique sur base de celles-ci. Une demande pas vraiment appréciée par la défense. L'avocat général délégué au parquet fédéral, Yves Moreau, a demandé vendredi matin à la présidente de la cour le visionnage des auditions vidéofilmées de Mehdi Nemmouche, accusé d'être l'auteur de l'attentat au Musée juif. "De mon point de vue, ces auditions sont très intéressantes", a-t-il affirmé. "On y entend par exemple le point de vue sur les juifs de M. Nemmouche, il a une attitude comme s'il était au Club Med, il affiche des sourires narquois, rigole, fait de l'humour", a illustré l'avocat général.

Il a également demandé que ces films soient soumis aux experts psychiatres, estimant que ces auditions permettraient de dresser un profil de l'accusé.

Pour la défense, cette demande reflète "une position de repli totale du parquet depuis que nous avons prouvé qu'il n'y avait pas d'ADN sur la porte", s'est exclamé Me Laquay, l'un des avocats de Mehdi Nemmouche. Mercredi, Yves Moreau avait admis devant les jurés que les traces ADN sur la porte du Musée juif, duquel on ne pouvait ni inclure, ni exclure l'ADN de M. Nemmouche, avaient en réalité été relevées à un endroit que le tueur n'avait pas touché.

"Le procès est en train de dévier totalement", a dénoncé Me Laquay. Ce dernier s'est également étonné de la demande du parquet alors que celui-ci "s'est opposé à notre demande de visionner des émissions de quelques minutes. Ici, on demande de regarder des auditions de plusieurs heures".

Enfin, l'expertise psychiatrique insurge l'avocat de la défense, qui souligne que des devoirs complémentaires auraient dû être exigés à la juge d'instruction. "Comment des experts vont-ils rendre un rapport psychiatrique sur la base de réponses par 'oui' ou 'non'", s'est-il interrogé.

Pour Me Courtoy, autre avocat de M. Nemmouche, "jamais aucun expert ne va dire que M. Nemmouche est un brave type" en regardant ces auditions, a-t-il souligné. Il a pointé du doigt les expertises réalisées sur Mounir Atallah, un temps suspecté de complicité avant de bénéficier d'un non-lieu. "Il était décrit comme un sociopathe", a-t-il affirmé, parlant de la psychiatrie comme une "pseudo-science".

Un bouton à l'accueil permettait de prévenir la sécurité

Philippe Blondin, président du Musée juif de Belgique, a expliqué vendredi devant la cour d'assises qu'un bouton à l'accueil était relié à une société de sécurité. Sur les images de vidéosurveillance, Dominique Sabrier, bénévole à l'accueil du musée, semble tenter d'atteindre quelque chose sur son bureau alors qu'elle est visée par l'auteur de l'attaque du 24 mai 2014. La présidente de la cour, Laurence Massart, a interrogé Philippe Blondin sur les mesures de sécurité en place au Musée juif. "Deux boutons se situent sur le bureau" de l'accueil, a expliqué M. Blondin. "A la droite du siège, un bouton blanc large servait à désamorcer le magnétisme qui bloque la porte en verre qui se situe entre le hall d'entrée et l'accueil", a-t-il exposé. Cette porte, une fois le rabat fermé, se bloquait automatiquement. La seule manière de l'ouvrir était d'appuyer sur le bouton.

"Un autre bouton, plus petit, était relié à une société de surveillance. Lorsqu'on appuie dessus, la société est prévenue, vérifie ce qu'il en est et agit en conséquence" en prévenant la police par exemple.

Le président du musée a admis ignorer si le bouton fonctionnait bien ce jour-là mais aucune défectuosité n'avait été constatée dans les jours précédant l'attaque. "Selon mon interprétation des images, Dominique Sabrier a essayé d'atteindre le bouton mais n'a manifestement pas réussi."

Par ailleurs, M. Blondin a souligné que le musée n'exerçait qu'une activité culturelle et aucune action politique. "Nous n'avons jamais reçu de menace. Aucun graffiti n'a jamais été dessiné. Aucun membre du personnel n'a jamais été menacé", a-t-il insisté. "Ce qui est arrivé était pour nous comme un éclat de tonnerre."

Le président du Musée juif avait débuté son intervention en évoquant Dominique Sabrier et Alexandre Strens, deux des victimes de l'attentat, préposés à l'accueil du musée. "Ils étaient les meilleurs ambassadeurs possibles du musée et avaient noué une relation d'amitié très forte", a-t-il avancé. Le musée compte actuellement une quinzaine de membres du personnel, qui travaillent du lundi au vendredi. Le week-end, l'institution fait appel à des bénévoles et, à l'époque, à M. Strens.

Après l'attaque, le musée est resté fermé pendant quatre mois mais il "n'est pas la cinquième victime", a insisté M. Blondin.

Il a conclu son intervention en regrettant le "manque d'émotion" depuis le début du procès devant la cour d'assises. La présidente de la cour l'a vite interrompu, lui signifiant qu'il ne s'agissait pas ici "d'un lieu d'hommage mais d'un lieu de justice. Des règles de procédure doivent être respectées".

"Si vous voulez commettre un attentat, vous n'allez pas dans un musée vide"

"Les personnes vivant dans le voisinage du Musée juif ont toutes déclaré qu'il n'y avait jamais grand monde. Si vous voulez commettre un attentat, vous n'allez pas dans un musée vide", a commenté Me Sébastien Courtoy, conseil de Mehdi Nemmouche, vendredi matin devant la cour d'assises de Bruxelles. Me Sébastien Courtoy a questionné le président du Musée juif de Belgique, entendu vendredi comme témoin devant la cour d'assises, sur le nombre de visiteurs du musée en 2014. Ce dernier n'a pu répondre à la question, ce qui a amené le pénaliste à faire un commentaire.

"Les personnes vivant dans le voisinage du Musée juif ont toutes déclaré qu'il n'y avait jamais grand monde. Si vous voulez commettre un attentat, vous n'allez pas dans un musée vide. Il y a une synagogue non loin de là", a déclaré Me Courtoy.

Ce dernier a également tenu à dire qu'il n'était pas question de complot laissant entendre que le couple Riva avait été tué par le Mossad pour lequel il travaillait.

Le pénaliste a néanmoins déclaré qu'un journal israélien, qualifié de sérieux, avait informé qu'Emanuel et Miriam Riva travaillaient à Berlin pour les services secrets israéliens et qu'ils étaient "chargés de suivre les mouvements chiites".

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteur et co-auteur de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles.

L'attentat avait coûté la vie à quatre personnes dont Emanuel et Miriam Riva, un couple de touristes israéliens.