Belgique

Professeur d'économie (gestion publique et économie des transports) à l'université de Liège (ULg), Henri-Jean Gathon critique sévèrement la direction et les syndicats de la SNCB.

Que pensez-vous des exigences des cheminots de la SNCB ?

Je pense que tant les cheminots que les dirigeants (NdlR : allusion à la hausse finalement suspendue du patron de l'opérateur) de la SNCB sont déconnectés de la réalité des finances publiques belges et feraient bien d'aller voir les barèmes dans d'autres secteurs du transport où il y a de la concurrence. Toute revendication salariale est toujours légitime, mais elle doit être équitable par rapport aux autres travailleurs. Les impôts et les cotisations sociales sont payés par les ouvriers et les employés, par conséquent, une exigence forte d'un côté risque de se répercuter sur les autres.

N'est-ce pas la réduction du pouvoir d'achat et la bonne santé de l'entreprise qui poussent les cheminots à de telles revendications ?

Oui, mais c'est tous les travailleurs du pays qui sont confrontés à une réduction du pouvoir d'achat. Mais il y a certains qui ont des bras de levier pour revendiquer plus que d'autres. La revalorisation des salaires des uns ne doit pas se faire au détriment des autres. Quant à la bonne santé financière de l'entreprise, il ne faut pas oublier qu'elle est essentiellement due au fait que l'Etat fédéral a repris la dette historique (7,4 milliards d'euros). Elle n'apparaît plus dans les comptes du groupe, mais le fédéral continue de la payer et elle pèse sur tous les contribuables.

Justement, les grèves ne vont-elles pas exaspérer les usagers et provoquer des réactions?

Même si des grèves liées à des agressions peuvent se comprendre, la répétition des mouvements va de plus en plus mécontenter les usagers. Mais ils ont une capacité de réaction beaucoup plus légère. De plus, c'est un public captif, qui n'a d'autres choix que de prendre les transports publics. Toutefois, il va de soi qu'à un moment donné, la confiance des usagers dans les transports publics va être ébranlée et que sous la poussée du citoyen, les autorités politiques consentiront à céder des services au secteur privé.

Les grèves font-elles le lit de la privatisation ?

On n'en est pas encore là en Belgique, mais il ne faut pas oublier que la privatisation du rail anglais a été faite avec l'assentiment de l'opinion. Les grèves à répétition ne sont pas une bonne chose pour le service public.

Quid du service minimum ?

C'est faisable, mais il sera difficile à organiser. Par ailleurs, même si les partis politiques le clament depuis quelque temps, il n'y a pas une réelle volonté politique de s'attaquer au problème. L'Etat peut user du droit de réquisition, sans même devoir passer par une loi. Mais la SNCB, c'est l'Etat dans l'Etat et, pendant des années, on y a acheté la paix sociale, mais on voit aujourd'hui qu'on ne l'a pas encore.