Belgique

Comment gérer les inscriptions en première secondaire ? Comment concilier les souhaits des parents pour leur enfant, les objectifs des pouvoirs publics (mixité sociale, transparence, etc.) et les spécificités des écoles (projet pédagogique, etc.) ? Ces questions, le monde de l’enseignement en Communauté française se les pose depuis quelques années maintenant. Mais des chercheurs y réfléchissent depuis des dizaines d’années. Leur travail peut inspirer les décideurs. L’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) de l’UCL apporte sa contribution dans son dernier "Regards économiques" (1).

François Maniquet, professeur d’économie publique, y présente deux solutions concrètes au choix d’école, bien connues de la littérature, et appliquées dans quelques pays (Etats-Unis, Angleterre, Espagne), pour y régler des problèmes de répartition d’étudiants dans des cours à option à l’université ou des élèves entre différentes écoles. Ces deux procédures - le chercheur le précise d’emblée, même si cela en fera fuir plus d’un - sont centralisées. "Les parents ont peur de la centralisation, dit le Pr Maniquet. Mais cela ne veut pas dire que les Bruxellois devront aller à l’école à Arlon. Et on peut centraliser à divers niveaux (Communauté, sous-régions, etc., mais pas les écoles.)" Cela signifie quoi, alors, centraliser ? Chaque famille donnerait, dans un formulaire, un classement ordonné des écoles dans lesquelles elle souhaite voir son enfant admis. Par ailleurs, des ordres de priorité seraient établis au niveau de chaque école. C’est au niveau de ces priorités que doit se matérialiser le compromis entre la volonté politique de mixité sociale et les objectifs pédagogiques des écoles. Ensuite, ce serait à l’informatique de jouer.

Les deux procédures - où le tirage au sort n’intervient qu’en dernier lieu, une fois qu’on ne peut plus départager deux élèves selon des priorités (d’où l’intérêt d’en dresser une liste précise et complète) - donnent la primauté, soit au respect des préférences des familles, soit au respect des priorités. Mais dans les deux cas, il s’agit des "meilleures solutions au problème des inscriptions", affirme le Pr Maniquet, qui insiste sur la nécessité d’associer les écoles à l’élaboration des ordres de priorité et de procéder en douceur, par exemple après une expérimentation sur une sous-région test, avant une éventuelle généralisation à la Communauté française.

Au passage, François Maniquet tance quelque peu le gouvernement. "Il est urgent que l’on sache quel est l’objectif de mixité sociale à poursuivre en Communauté française." S’agit-il de mélanger les élèves selon les groupes socio-économiques, la nationalité, la langue maternelle, les performances scolaires ? "En outre, poursuit-il, il serait bien difficile de mettre en œuvre une politique qui n’aurait pas un minimum de consensus parmi tous les acteurs, surtout les écoles." Enfin, le professeur de l’UCL souligne que la question "la mixité sociale dans les classes est-elle un bon moyen d’améliorer la qualité de notre enseignement, en particulier celui des enfants défavorisés ?" , n’a pas de réponse nette et tranchée. Selon certaines recherches, c’est oui; selon d’autres, c’est non. D’où l’importance d’une clarté sur les raisons et les objectifs, sans quoi il est impossible de fixer des priorités cohérentes pour répartir les élèves.

"Régler la question des inscriptions, c’est difficile, abonde Muriel Dejemeppe, rédactrice en chef de "Regards économiques". Au lieu d’improviser, on aurait mieux fait de consulter les gens sérieux qui travaillent là-dessus depuis des années." "On" appréciera

(1) Le dossier est entièrement téléchargeable sur www.uclouvain.be/regards-economiques.