Belgique

 Les pirates informatiques de Down-Sec ont publié ce jeudi les coordonnées des quatre ados qu’ils accusent d’avoir harcelé Madison. De la délation pure et simple. A ce stade, aucun élément de harcèlement ne ressort pourtant du dossier judiciaire.

Aucun élément de harcèlement ne ressort pour l’instant du dossier ouvert suite au suicide de Madison Wintgens, a affirmé jeudi le parquet de Liège. La jeune fille de 14 ans s’était donné la mort à son domicile de Herstal le mardi 9 février dernier, pendant les vacances de Carnaval. L’enquête n’est pas terminée ; des auditions et d’autres investigations doivent encore être menées. Mais à ce stade, il ne peut être établi que le suicide est lié à un harcèlement, selon le parquet.

Noms, adresses, photos...

Jeudi matin pourtant, le collectif de pirates informatiques Down-Sec Belgium diffusait sur Twitter les noms, âge, adresses, photos et comptes Facebook de quatre mineurs d’âge qu’ils accusent d’avoir harcelé Madison Wintgens. Les hackers de Down-Sec avaient depuis quelque temps menacé de publier des noms si l’enquête sur le suicide de l’adolescente n’avançait pas suffisamment à leurs yeux. Ils s’étaient pour les mêmes raisons attaqués précédemment à plusieurs sites d’autorités fédérales et de la Fédération Wallonie-Bruxelles (lire par ailleurs). Ils sont donc passés à l’action.

Leur initiative a déclenché une réaction immédiate du parquet de Liège qui a décidé, jeudi, d’ouvrir un dossier en parallèle. Le ministère public ne mâche pas ses mots. S’il devait arriver quelque chose aux personnes dont les noms ont été publiés, les pirates informatiques pourraient être considérés comme complices, voire co-auteurs. Il a d’ailleurs été demandé aux zones de police d’orienter leurs patrouilles à proximité des domiciles des jeunes concernés.

Délation pure et simple

Les hackers désignent clairement les coupables, à leurs yeux, de la mort de la jeune fille de 14 ans qui a mis fin à ses jours après avoir été, selon eux, insultée et humiliée, en direct et sur les réseaux sociaux, par des condisciples du collège Saint-Lambert à Herstal.

La pratique, une délation pure et simple, fait froid dans le dos. Les mineurs concernés sont clairement identifiés et reconnaissables. Down-Sec donne aussi des détails très précis sur les rôles de chacun dans le harcèlement prétendu de la jeune victime, ce qui laisse supposer que les pirates ont des informateurs très proches de l’école et/ou de la famille de Madison.

Ils indiquent ainsi que l’un a harcelé Madison sur Facebook; que deux autres, qui sont “les principaux bourreaux” ont agi “dans la cour de l’école” et que “cela a été confirmé par la famille et d’autres élèves de l’école”. Le quatrième n’aurait pas harcelé la jeune fille mais sa famille après son décès. Dans ce cas précis, Down-Sec publie la capture d’écran d’un message ordurier publié sur le compte Facebook de l’adolescente en commentaire d’un article de presse sur les funérailles de Madison.

Contactée jeudi, la direction du collège Saint-Lambert, où sont scolarisés les adolescents désignés, a refusé de s’exprimer sur ce dossier.

Profils hostiles

Depuis le suicide de la jeune Herstallienne, on a vu apparaître sur Facebook des profils hostiles à la jeune fille et à ses parents. Sont-ils vrais ou pas ? Ont-ils été ouverts par les ados eux-mêmes ou fabriqués à leur nom ? Qui est derrière cette manœuvre ? C’est extrêmement difficile à dire. Telles quelles, ces références à Facebook et autres captures d’écran ne constituent en aucun cas des preuves formelles et vérifiées.

Une chose est sûre : en pratiquant de la sorte, sans attendre les résultats de l’enquête judiciaire, les justiciers du net livrent des adolescents à la vindicte publique. “Avec des risques de passages à l’acte et de vengeance”, commente cet expert. “C’est très inquiétant”.

Autre danger : les chevaliers blancs des réseaux sociaux risquent, par leurs démarches, de faire disparaître des traces et des données qui pourraient être exploitées par l’enquête judiciaire.