Technique de samouraï pour la police

Pascal De Gendt Publié le - Mis à jour le

Belgique

L'image pourrait sortir d'un film: habillé à la mode samouraï, un barbu athlétique passe au galop devant une cible qu'il vise avec un arc à flèches. Ce cavalier émérite est Stany Ledieu, directeur technique mondial du bajutsu, la discipline équestre pratiquée par les samouraïs qui lui a été enseignée par maître Hiroo Mochizuki.

Un art martial que lui-même enseigne désormais à travers le monde mais surtout aux écuries du Grand Royal à Beuzet (Gembloux). Ce matin, surprise, ce sont quatre policiers - Kristin, Angélique, Dirk et Jacques - qui, sur leurs nobles montures, écoutent les enseignements de Stany Ledieu. C'est que, convaincue par son utilité, la police fédérale a décidé de payer douze leçons de bajutsu spécial police à quatre formateurs chargés par après de dispenser l'enseignement aux 200 cavaliers de la police fédérale.

«L'objectif est de permettre aux policiers d'intervenir, notamment en milieu hostile, sans descendre de cheval», explique Stany Ledieu. Et donc d'améliorer la capacité opérationnelle de la cavalerie policière surtout utilisée pour le maintien de l'ordre lors de manifestations ou de matchs de football à risques. Des événements durant lesquels les policiers doivent faire face à des individus - on pense notamment aux hooligans - qui ne se laissent pas facilement impressionner, fût-ce par un policier à cheval. Et il suffit de voir de quelle manière la fine et blonde Angélique parvient à maîtriser à l'aide d'une clef le bien charpenté professeur pour se convaincre que les délinquants ont du mouron à se faire.

«De 1995 à 2001, la brigade équestre de Mons s'est initiée et a utilisé le bajutsu spécial police», raconte le directeur technique mondial. «Cela a donné lieu à quelques coups d'éclat. Notamment lorsque, durant une ducasse, une bagarre générale a éclaté sur une place. En quelques minutes, les cavaliers ont non seulement dispersé la foule mais ils ont aussi arrêté plusieurs fauteurs de trouble.» Tout cela sans descendre de cheval évidemment.

Esquives

Les quatre policiers en formation n'en sont pas encore là. Pour le moment, ils se concentrent surtout sur les esquives. A tour de rôle, ils passent dans un couloir délimité par des bandes rouges et blanches et se penchent, parallèles au sol, le long de leur monture lorsqu'un acolyte du professeur fait mine de vouloir les frapper à l'aide d'un bâton. Leur secret? Une sangle spéciale qui relie les étriers entre eux sous le torse du cheval et est bloquée naturellement par les jambes de celui-ci, permettant ainsi une série de mouvements sans risque de voir les pieds sortir des étriers avec la perte d'équilibre que cela entraîne.

Une sangle à laquelle il a fallu habituer le cheval. Tout comme il a fallu l'habituer aux mouvements d'esquive inhabituels ou aux mouvements d'un bâton. «Le bajutsu n'est pas qu'une discipline physique, elle joue aussi sur la communication entre cavalier et cheval.»

Outre les esquives, les policiers apprendront aussi à se dégager d'une saisie, à récupérer un collègue en difficulté, à poursuivre, rattraper et embarquer un suspect. Le fin du fin étant le menottage de l'individu sans descendre de cheval. «Les policiers équestres apprennent aussi à travailler efficacement en groupe», précise Stany Ledieu pour qui un policier à cheval bien formé vaut dix policiers «pédestres». Même s'il regrette quelque peu que des 25 séances d'entraînement (de plus ou moins 7 heures) prévues, la police ait finalement décidé de n'en payer que douze. Dans le même ordre d'idée, il évoque également les «devoirs à domicile» qu'il donne à ses quatre élèves sans savoir si on leur laissera le temps de les effectuer.

Soit. Sans s'illusionner sur l'étendue de leurs potentielles capacités futures, les quatre élèves reconnaissent de concert que le bajutsu leur apportera certainement une plus grande aisance en selle et une meilleure capacité d'intervention dans des situations parfois difficiles à gérer. «Quand on sait qu'il y a dix à quinze patrouilles à cheval chaque jour, ce n'est pas négligeable», conclut Kristin.

© La Libre Belgique 2003

Pascal De Gendt

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