Belgique

Le 7 mai 2000, entre 100 et 200 personnes font irruption sur le site de culture expérimentale de la multinationale Monsanto, à Franc-Waret (Fernelmont, province de Namur). Sur fond musical - le commando ayant été emmené par un camion équipé d'un «sound system» -, le groupe des « Deux cents ennemis du meilleur des mondes transgéniques » procède à un piétinement joyeux des plants de colza et de maïs transgéniques. Un «saccage» qui renvoie à la controverse qui fait actuellement rage en Europe à l'égard des plantes transgéniques. Les opposants aux Organismes génétiquement modifiés (OGM) se fondent notamment sur les risques de dissémination. Les OGM peuvent en effet, craignent les détracteurs, se croiser avec d'autres cultures du même type, voire même certaines plantes sauvages. Par exemple: des mauvaises herbes pourraient ainsi devenir résistantes à un herbicide total.

Plainte

Chez Monsanto, l'expédition des anti-OGM n'a en tout cas pas du tout été appréciée. «Outre d'avoir piétiné des cultures, les manifestants ont également détruit une grange, des clôtures, une station météo et du matériel de laboratoire», soulignait-on à l'époque du côté de la multinationale qui s'est constitué partie civile et a déposé plainte. En février 2002, la chambre du conseil de Namur a ordonné le renvoi en correctionnel de 13 des manifestants anti-OGM. Parmi eux, se trouvent René Riesel, un Français proche de José Bové, et Isabelle Stengers, chercheuse à l'ULB. Certains sont poursuivis pour violation de la propriété privée, d'autres également pour destruction de récoltes sur pied et dévastation de champs ensemencés. Des faits commis - comme le dit la loi - méchamment.

Lundi matin, le tribunal correctionnel de Namur a donc ouvert le premier «procès OGM» en Belgique. Si, dans l'ensemble, les prévenus admettent avoir eu conscience de pénétrer dans une propriété privée et avoir «piétiné quelques plants», plus fondamentalement, ils assument leur acte et le justifient par leur volonté de poser là un acte militant contre les OGM. Pour attester du danger représenté par les OGM, la défense avait demandé que soit entendu comme témoin le député européen Paul Lannoye (Ecolo). «La méfiance par rapport à des sociétés comme Monsanto est absolument justifiée», a conclu celui-ci au terme d'un exposé des arguments présentant la multinationale comme un danger en matière d'environnement.

Le parlementaire a également précisé que les directives européennes concernant les OGM sont actuellement en phase de transposition dans la législation nationale des Etats membres et que, depuis 2001, un article révisé (mais existant avant les faits) prévoit que ces Etats organisent l'information et la consultation populaire des impacts des cultures transgéniques. Les débats dans l'affaire se poursuivront le 6 octobre prochain par l'audition d'autres spécialistes.

© La Libre Belgique 2003