Belgique

Chaque jour, en Belgique, huit femmes déposent plainte pour viol. Ce chiffre, effrayant en soi, n’est pourtant que la face visible d’une réalité encore plus crue, plus brutale, parce que la plupart des victimes gardent pour elles cette violation ultime de leur intégrité physique. Par honte, par peur des représailles, parce que l’agresseur est un familier (un mari, un ex, un patron…). L’immense majorité des victimes ne portent pas plainte : ces faits ne figurent donc pas dans les statistiques criminelles.

AmnestyInternational et SOSViol ont voulu se faire une idée plus précise de la problématique en interrogeant les citoyens sur leurs perceptions et leur exposition aux violences sexuelles. Les résultats de ce sondage, réalisé en janvier2014 auprès de 2 000 Belges (*), sont édifiants. Ainsi, près d’une personne sur deux (46 % des sondées) indique ainsi être ou avoir été victime d’au moins une violence sexuelle "grave" au cours de sa vie (viol, harcèlement, attouchements…). Ce seul chiffre montre bien la forte imprégnation des violences sexuelles dans la société belge.

Des actes banalisés

Si on se concentre sur les réponses des femmes, le tableau s’assombrit encore. Préambule terrible : 7 % des femmes disent avoir été abusées ou agressées sexuellement par un adulte alors qu’elles n’avaient pas encore 18 ans…

Un quart des femmes (25 %) affirment s’être vu imposer des relations sexuelles par leur partenaire, alors que 13 % d’entre elles ont été victimes de viol en dehors de leur couple (parfois par un ex-partenaire). Autre indication qui donne froid dans le dos : 7 % des femmes interrogées ont été obligées de subir des rapports sexuels avec leur supérieur hiérarchique.

Les attouchements dans les lieux publics (dans la rue, les transports en commun…) sont un fléau très répandu : 23 % des femmes sondées en ont été victimes au moins une fois.

Ce qui frappe, encore, c’est qu’un quart (24,4 %) des femmes qui sont et/ou ont été exposées à ces violences sexuelles graves finissent elles-mêmes par banaliser ces actes brutaux qu’elles ne considèrent pas ou plus comme "graves" ou "très graves" . Autrement dit, une victime sur quatre trouve que les violences sexuelles subies seraient de son point de vue "compréhensibles" , voire "acceptables" .

Pire qu’avant

Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Sur les 910 victimes de violences sexuelles graves interrogées, à peine 16 % ont déposé plainte à la police. Et 40 % d’entre elles n’ont jamais entrepris la moindre démarche (vers un médecin, un centre de planning, un psychologue…), pas même celle de se confier à un(e) proche.

Pour celles qui ont réussi à le faire (elles en ont parlé au médecin de famille, à une amie, à une personne de confiance…), cela n’a pas eu d’effet positif important autre que le sentiment de reconnaissance d’être victime.

En revanche, 18 % disent ne pas avoir été crues par leur interlocuteur. Du coup, après un viol dont on a tenté de parler autour de soi, c’est le sentiment de solitude qui domine dans 23 % des cas. Pire, pour 7 % des victimes, la situation a empiré après avoir levé le voile sur les violences sexuelles graves qu’elles ont subies.


(*) Sondage réalisé par Dedicated, via Internet, auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 Belges (960 hommes et 1 040 femmes) âgés de 19 à 75 ans.