Belgique

Comme elle l'avait annoncé après l'interview de Mgr Léonard à "Télé-Moustique" en avril dernier, la communauté gay et lesbienne a porté plainte mardi par l'entremise de Me Michel Graindorge devant le tribunal de Namur contre l'évêque pour avoir qualifié les homosexuels d'anormaux.

"Les propos incroyables de l'évêque à propos de l'homosexualité dans cet entretien ont suscité beaucoup d'émoi mais aussi de tristesse" commente le conseil des deux plaignants, Michel Duponcelle et Sylvia Cauwbergs qui seront relayés par l'association "Tels Quels" qui se portera partie civile. "Il y a, selon nous, une infraction à la loi anti-discriminations du 25 février 2003 lorsque Mgr Léonard s'autorise de Freud pour parler d'anormalité. La tonalité et les termes employés traduisent manifestement une volonté de stigmatisation. Les plaignants ne peuvent admettre ce qui est à l'évidence un jugement de valeur de Mgr Léonard à l'encontre de leur homosexualité. Ils se sont directement sentis visés dans leur identité et dans leur dignité dès l'instant où l'évêque les a considérés comme des 'anormaux'."

Pour Michel Graindorge,"la référence à Freud est de surcroît inconvenante et non-fondée. Aussi bien dans "Les trois essais sur la sexualité" que dans les "Cinq leçons sur la psychanalyse" ou dans d'autres textes, Freud n'a jamais porté de jugement de valeur à l'encontre des homosexuels. Il y avait, dans son chef, des études, des constats, des suggestions mais jamais l'appréciation d'une "anormalité" qui faisait en quelque sorte des homosexuels des gens profondément en marge de la société..." La plainte évoque aussi le difficile combat des homosexuels en Pologne et en Russie et le sort qui leur fut réservé par les Nazis. Et demande si l'on peut qualifier d'"anormales" des personnalités telles le philosophe et sociologue Michel Foucault ou la grande romancière Marguerite Yourcenar...

"Dans ce contexte, parler d'anormalité relève d'une incitation à la discrimination à l'égard d'une personne, d'un groupe, d'une communauté ou des membres de celle-ci en raison du sexe et de l'orientation sexuelle".

La parole est à la justice mais on rappellera que suite aux interprétations faites à l'époque de ses propos, Mgr Léonard avait fait une mise au point via l'agence Cathobel : pour lui, il fallait "clairement distinguer une personne et un comportement". Si selon lui "l'homosexualité est un développement imparfait de la sexualité humaine", il réfute avoir déclaré que "les homosexuels sont des anormaux car ce serait un grave abus de langage". Et d'ajouter : "la présence d'une tendance ou d'une orientation anormales chez une personne ne permet pas de conclure qu'elle est anormale, ce qui serait gravement injurieux". La suite au prétoire ?