Belgique

Ici, on ne refuse personne. Pas question de décliner la prise en charge d’un jeune, parce qu’il serait "trop difficile", "trop abîmé" ou n’entrerait pas dans tel ou tel critère. On ne fait pas non plus lanterner les adolescents et leur famille : une première réponse arrive endéans les deux heures; la première intervention dans le milieu du jeune en crise, dans les 24 heures.

A l’ASBL "La Pommeraie", dans la belle campagne de Faulx-les-Tombes, on a essuyé les plâtres en mettant sur pied, en 2006, le "Service externe de relance mobilisatrice" ("Serm", en abrégé), un dispositif d’intervention d’urgence. Pendant trois ans, le "Serm" a fonctionné de bric et de broc, avant que la ministre en charge de l’Aide à la jeunesse de l’époque, Catherine Fonck (CDH), décide de s’inspirer de cette expérience pour lancer six projets-pilotes pour une durée de deux ans.

"On intervient selon trois paramètres : inconditionnalité, rapidité et intensivité", explique Denis Rihoux, directeur de "La Pommeraie" et du "Serm" . "Il y a une permanence tous les jours, week-ends compris. Dès qu’on reçoit un appel du délégué de l’Aide à la jeunesse, du juge ou d’un autre mandant, on répond endéans les deux heures : ça peut être un contact, un rendez-vous, une prise en charge immédiate " , explique Benoît Richard, criminologue, responsable du "Serm".

Gros heurts en famille, conflits qui dégénèrent, passages à l’acte violents, fugues, déscolarisation : autant de situations qui sont le lot quotidien du "Serm". Dans 32 % des cas, il s’agit de familles monoparentales (souvent une maman seule); dans 20 % des cas, les parents vivent sous le même toit; dans 28 % des cas, la famille est recomposée; dans 19 % des cas, le jeune vit en institution, etc.

"L’élément déclencheur, c’est souvent une goutte qui fait déborder le vase. Il y a une accumulation de faits infimes et puis, ça pète après une dispute, un échec scolaire, un non", explique Martine Lecomte, psychologue. Au "Serm", on a ainsi connu récemment plusieurs cas d’adolescents tyranniques. Dans un cas, c’est le garçon qui a frappé sa mère, qui avait perdu le pouvoir physique sur son ado devenu plus grand qu’elle. Dans un autre, c’est la maman, complètement dépassée, qui a sorti un couteau

"Le fait de savoir qu’on existe, qu’on écoute, qu’on va intervenir, ça apaise déjà les choses. Combien de fois n’a-t-on pas entendu : "Enfin , quelqu’un réagit" , prolonge Ségolène Balfroid, psychologue au Serm . On essaie de mobiliser les ressources autour du jeune."

La durée d’intervention du centre de crise est courte (20 jours ouvrables) et non renouvelable. "Dans une partie non négligeable de situations, le ballon se dégonfle dès que les gens savent qu’ils vont recevoir un coup de main", confirme Denis Rihoux.

L’association dispose d’un "kot" de crise en cas de nécessité d’éloignement temporaire de la famille. Situé hors de la ville mais proche des voies de communication, avec une permanence téléphonique 24 heures sur 24.

Corine (prénom d’emprunt) y a séjourné récemment. Un cas particulier, puisque la jeune fille avait elle-même téléphoné au Service d’aide à la jeunesse pour demander un placement. Entre des relations conflictuelles avec sa mère et son beau-père, un petit ami délinquant et un père qui lui avait préféré sa nouvelle compagne, la jeune fille ramait. "Notre travail a consisté à remettre le papa dans la course" , explique Martine Lecomte. Endroit neutre, le studio a permis à l’adolescente de se poser, de reprendre les cours. Elle est retournée habiter chez son père

"L’état de crise, c’est souvent quand on ne voit plus d’issue. On travaille à des plans de sortie de crise, à montrer la porte de sortie, résume Ségolène Balfroid . On est aussi souvent appréciés pour les rapports qu’on fait après 20 jours pendant lesquels on passe du temps et on prend du temps avec le jeune et sa famille. On offre une autre vision, un autre regard."