Van den Bossche, classe affaires

Martin Buxant Publié le - Mis à jour le

Belgique

Jackpot. Dans la famille socialiste flamande, décidément, le "Faites ce que je dis et pas ce que je fais" est en passe d’être érigé en (mauvaise) habitude. Ainsi après le cas du chasseur de bonus bancaire, le député et ex-ministre Bruno Tuybens, pris la main dans le sac et forcé d’admettre, début mai, qu’il avait lui-même touché un bonus de 250 000 euros de la part de la banque KBC, voici, ladies and gentlemen , le cas Luc Van den Bossche.

Il apparaît, selon des documents auxquels "La Libre" a eus accès, que le président du conseil d’administration de l’aéroport de Bruxelles-National a effectué une demande afin de pouvoir être rémunéré à hauteur de 689 000 euros par an. Luc Van den Bossche, responsable socialiste flamand, ancien ministre en charge de la Fonction publique, est à la tête de Biac, le gestionnaire de l’aéroport depuis septembre 2003. Il a pris la tête du conseil d’administration de l’aéroport en 2005 - se dégageant de toute fonction exécutive. Luc Van den Bossche réclame aujourd’hui une enveloppe annuelle de 689 000 euros bruts (soit 549 000 euros et une partie variable de 140 000 euros par an).

Mais on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Selon la proposition de convention soumise à l’Etat (13 pages rédigées entièrement en anglais) qui, en tant qu’actionnaire, doit marquer son accord pour que la nouvelle rémunération du père de la ministre régionale flamande Freya Van den Bossche (SP.A) entre en application, il apparaît que le président du CA s’est constitué en société afin de pouvoir toucher ses émoluments et ainsi éluder l’impôt des personnes physiques (IPP). La convention de rémunération et de prestation de services lie effectivement TBAC (The Brussels Airport Company) à BAH (Brussels Airport Holding) et LVDB (Luc Van den Bossche Company)

Voilà qui interpelle. D’autant que le président du conseil d’administration représente l’Etat.

A titre de comparaison, les responsables ministériels - qui sont, eux, soumis à l’IPP - touchent en Belgique entre 21 000 et 212 600 euros bruts par an (Premier ministre, vice-Premiers ministres, ministre des Affaires étrangères), soit environ 19 960 euros bruts par mois.

Dans les entreprises publiques autonomes belges, le salaire des CEO pose aussi question et revient, à intervalles réguliers, sur le devant de la scène politique. Reste qu’il s’agit aussi ici de fonctions exécutives - ce que n’est pas un président de CA. Ainsi à la SNCB, Mark Descheemaeker (473 556 euros bruts par an), Luc Lallemand (485 000 euros bruts par an) et Jannie Haek (498 000 euros bruts par an) sont-ils quand même payés plus de deux fois et demie le salaire du Premier ministre Yves Leterme Johnny Thijs, le patron de la poste, a perçu quant à lui 1,07 million d’euros en 2010 (730 000 euros bruts + un bonus de 277 000 euros). Et, last but not least, chez Belgacom, entreprise où l’Etat reste actionnaire majoritaire, le CEO Didier Bellens, a touché en 2010 quelque 2,560 millions d’euros. Au Fonds monétaire international (FMI), une instance dont on parle énormément ces derniers temps, la nouvelle directrice générale Christine Lagarde touchera quelque 551 000 dollars par an (environ 380 000 euros par an) - mais avec une fiscalité plus avantageuse et moins de retenue à la source.

Interrogé par "La Libre" sur cette convention sur laquelle il est appelé à délivrer un avis en tant que ministre de tutelle de la SFPI, le vice-Premier ministre Didier Reynders (MR) se borne à indiquer qu’il trouve la demande "choquante" . Le ministre des Finances doit être auditionné dans le cadre de la commission droit commercial du Parlement la semaine prochaine au sujet des bonus et rémunérations dans les sociétés cotées "Peut-être ferions-nous bien de mettre de l’ordre dans les entreprises publiques ou semi-publiques avant d’aller tirer dans tous les sens , résume Didier Reynders. Il ne serait peut-être pas inutile que nous puissions disposer d’un benchmarking de toutes les rémunérations et bonus dans les entreprises publiques." Et M. Reynders de s’interroger : "Est-il normal qu’un président de CA d’un organe public gagne plus de trois fois le salaire d’un Premier ministre et qu’on parle aujourd’hui, pour les rémunérations de ces gens, de sommes aussi astronomiques ? Par ailleurs, cette habitude que prennent certains prestataires de service public de se constituer en société de management afin de ne pas être soumis à l’impôt des personnes physiques est très dérangeante. Peut-être, une fois, encore, ferions-nous bien de nous pencher sur cette question. On a voulu voter une loi sur la transparence des bonus et des rémunérations dans le secteur bancaire , rappelle le ministre des Finances, pourquoi le secteur public échapperait-il à cette transparence ? Il faut aujourd’hui mettre de l’ordre - y compris chez ceux qui se font sans arrêt passer pour des chevaliers blancs ou des moralistes Tout ceci est choquant, et je le dirai devant le Parlement. Il faut tout de même un peu de cohérence."

Martin Buxant

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