Belgique

Poisson ou vol-au-vent avec une bonne béchamel bien lourde. S’il y a une chose sur laquelle les 17 députés de la commission d’enquête sur la séparation des pouvoirs sont parvenus à s’entendre sans difficulté, c’est bien la nécessité de disposer d’un repas chaud dans la soirée du lundi "On en a marre des sandwiches, grince l’un d’entre eux après trois semaines de plats froids, on s’est mis d’accord pour demander un plat chaud."

Les parlementaires ont bouclé lundi en fin d’après-midi la liste des "contacts problématiques" entre pouvoir exécutif et judiciaire dans le cadre de l’affaire Fortis (lire le détail en page suivante). Ce listing constitue la base des conclusions que les députés de la commission d’enquête sont appelés à approuver dès cet après-midi. Les trois chefs de cabinet: Hans D’Hondt (Premier ministre), Olivier Henin (ministre des Finances) et Herman Dams (ministre de la Justice) sont, à des degrés divers, épinglés dans ce listing. Et, des trois sherpas, c’est Hans D’Hondt, toujours en service auprès de l’actuel Premier ministre Herman Van Rompuy (CD&V), qui est le plus lourdement ciblé par les députés. Le rôle d’Olivier Henin est néanmoins pointé comme "problématique" à plusieurs reprises.

Second round: la rédaction des conclusions stricto sensu. Chaque adjectif a été soigneusement soupesé et calibré par l’ensemble des formations politiques. Ainsi, évoquant le cas particulier du 6 novembre (lors du jugement Fortis en première instance), les députés ont conclu que "les contacts entre les cabinets ministériels et la magistrature mettaient en péril le principe de séparation des pouvoirs". Pas question de citer ouvertement le moindre responsable - même si c’est, ici, clairement Pim Van Walleghem (le collaborateur d’Yves Leterme) qui est dans le collimateur des députés. Rappel, celui-ci avait décroché son téléphone pour appeler le substitut du procureur du Roi Paul Dhayer avant qu’il ne dépose son avis.

"On vous l’avait bien dit"...

Les conclusions des commissaires portent également sur les deux autres "phases" qu’ils ont passé à la loupe: la procédure en appel et la dernière ligne droite ayant conduit à la démission de Leterme et Vandeurzen. Ici aussi, aucun responsable ne devrait être clairement identifié et nommé dans les conclusions des parlementaires - qu’ils rédigeaient toujours à l’heure de boucler cette édition.

Les procédures judiciaires et disciplinaires pendantes hypothèquent lourdement les derniers volets du travail de la commission d’enquête. Difficile, en effet, de conclure dans un sens ou dans un autre sachant que la Justice pourrait remettre la crédibilité de cette conclusion en cause. Voilà pourquoi un consensus s’est dégagé, autour du vol-au-vent, pour une réouverture des débats parlementaires sur la séparation des pouvoirs une fois que les résutats définitifs des enquêtes judiciaires seront connus.

Ça ne mange pas de pain. Et chacun peut rentrer à la maison (presque) gagnant. Les quatre parti francophones soutiennent cette reprise a posteriori des travaux parlementaires. Le PS y voit "une ouverture" pour la suite, Ecolo souligne "l’importance des conclusions partielles", le CDH pointe "les réserves" posées à l’encontre de ces premières conclusions. Et le MR chantonne le refrain du "On vous l’avait bien dit"...

Le rapport de la commission d’enquête fera le grand saut en plénière lors de la séance de ce jeudi. Plouf.