Belgique

Très médiatique, Yacob Mahi s’est aussi fait connaître par le biais de nombreuses polémiques.

Yacob Mahi est un interlocuteur bien connu des médias. Voici vingt ans (depuis l’affaire Dutroux et la disparition de Loubna Benaïssa) qu’il participe aux débats médiatiques, invité pour y exprimer le ressenti de la communauté musulmane. Très à l’aise, très franc et sûr de lui, il est resté “un bon client” pour contribuer aux débats.

Proche à une époque de nombreux catholiques et de mouvements tels qu’Action pour la famille, il participe également au renouveau d’une société civile de sensibilité religieuse, bien en vue lors des débats autour de la question de l’euthanasie ou de l’adoption par des couples homosexuels.

Pourtant, sa visibilité a toujours été émaillée de nombreuses polémiques.

Les craintes de Pierre Hazette

En 2003, Yacob Mahi passe avec brio les examens organisés par l’Exécutif des musulmans de Belgique lui ouvrant le poste d’inspecteur des cours de religion islamique. À la surprise générale cependant, Pierre Hazette, alors ministre de l’enseignement secondaire de la Communauté française pour le compte des libéraux préfère l’écarter de ce poste. Les raisons évoquées ? Les opinions de Yacob Mahi seraient incompatibles avec la démocratie, entre autres sur l’égalité homme-femme explique le ministre. Ces sévères accusations s’appuyaient non seulement sur des propos tenus au JT de la RTBF (“Les valeurs démocratiques de notre pays ne doivent pas se considérer comme les seules normes porteuses de sens”), mais également sur un avertissement émis par le ministre de la Justice le désignant comme membre des Frères Musulmans.

Soucieux de démentir fermement cette accusation, le professeur Mahi reste cependant fidèle à ses convictions.

Sans jamais remettre en cause l’holocauste, Yacob Mahi se reconnaît dans le très controversé Roger Garaudy (politicien communiste français, converti et condamné pour négationnisme avant de mourir en 2012) qu’il considère comme son “maître à penser”.

Pourfendeur des “lobbies de la pensée unique”, critique envers le “laïcisme exacerbé”, l’islam qu’il défend est “engagé” et animé d’une foi mise au “service de la cité” expliquait-il en 2013.

Les “brillants élèves” partis en Syrie

Ce mercredi, dans sa lettre ouverte où il rappelle ses engagements pour une société plurielle, il revient sur toutes les critiques qui ont émaillé son parcours, en confirmant l’ensemble de ses propos.

Oui, explique-t-il, l’homosexualité est “contre-nature” aux yeux de l’islam, même si “je n’ai jamais stigmatisé un homosexuel”. Oui, “les jeunes partis en Syrie ne posent aucun problème d’intégration dans notre pays. Ils sont de bons vivants belges et surtout beaucoup sont de brillants élèves. La vraie question est de savoir pourquoi nos autorités judiciaires ont laissé aller les citoyens belges vers la mort” continue-t-il en dénonçant, entre autres, la politique israélienne. Oui Tareq Al Suwaïdan, interdit de Foire musulmane en novembre dernier a été victime de “censure”. Oui, “la vision impériale des médias et des lobbies” contribue à une “dictature intellectuelle”.

À travers ces charges, Yacob Mahi se pose comme l’avocat d’une société qu’il souhaite en substance ouverte, critique, tournée vers le futur, se construisant dans la diversité et laissant de la place à l’expression d’une foi “militante”.

Pourquoi la parole d’un humaniste musulman fait-elle donc tant peur ?” “La catégorisation médiatique entreprise actuellement à l’encontre de ma personne est une sorte de justifications idéologique […]. Ma voix restera sonore et énergique” prévient, péremptoire, ce docteur en histoire et sciences des religions.