Belgique

Yvan Mayeur prêtera serment ce vendredi au Parlement bruxellois. Comme annoncé, il succédera lundi à Freddy Thielemans au poste de bourgmestre de la Ville de Bruxelles. S’il quitte naturellement la présidence du CPAS de la Ville, il entend rester député fédéral. "La Libre" l’a interrogé sur ses ambitions pour la plus grande commune de la Région bruxelloise ainsi que sur quelques dossiers chauds du moment. Dont le stade national et le salaire de la directrice du Samu social (qui lui succédera à la présidence du CPAS), une ASBL pointée par l’Inspection des finances il y a un bon mois.

Quels sont les grands axes de la politique de votre majorité dans les années à venir ?

Relancer une dynamique socio-économique pour la Ville. Au niveau local, PS et MR font des constats qui se rejoignent. Le PS constate la paupérisation de la population, le chômage est à 22 % et il y a 20 000 personnes à charge du CPAS. Les libéraux font un constat que nous partageons également : l’économie et le commerce ne vont pas bien. Je caricature un peu mais c’est un peu cela. Comment relancer une dynamique économique et sociale ? Nous voulons sortir de la logique "un peu de soutien à la formation puis un peu de soutien à ceci ou à cela". Il faut activer les chômeurs vers l’emploi mais pour cela il faut créer les conditions de l’emploi. Il faut une nouvelle prospérité pour la Ville. Mon avis est que cela passera par la réhabilitation du centre-ville.

Le centre-ville est relativement dynamique non ?

Moi, je ne trouve pas. Il faut se promener sur les "grands boulevards" pour se rendre compte du déclin : des enseignes de valeur ferment et sont remplacées par des commerces plus low cost. Il faut une autre ambition pour amener les consommateurs et les promeneurs.

On parle depuis des années de la rénovation des boulevards.

Nous voulons autre chose qu’une simple rénovation de voirie. Ça veut dire créer des vraies places à De Brouckère, à la Bourse. Anspach doit être transformé en trois petites placettes qui soient un vrai lien, sans voitures, entre De Brouckère et la Bourse. C’est mon schéma. Les automobilistes doivent pouvoir arriver dans le centre mais à condition qu’ils viennent pour vivre la ville, en profiter et participer à son redéploiement économique. Il faut donc renvoyer le trafic de transit vers la petite ceinture et créer des parkings où les gens abandonnent leur voiture. Aujourd’hui ils se battent pour trouver une place. Cela devient fou.

Quid du côté gare du Midi ? Le quartier est lui aussi dégradé et habité par une population très communautarisée.

Les gens vivent comme ils ont envie de vivre. Mais on est en train de revoir la pénétration de la ville par la rue de Stalingrad et il faut revoir l’entrée du boulevard Lemonnier. Il y a également un travail à faire sur la population qui se plaint de problèmes comportementaux et autres. Il y a des gens là dont le statut n’est pas clair.

Des illégaux ?

Oui. Il y a beaucoup de solidarité dans le quartier, ce qui est bien. Mais on rencontre des problèmes de nuisances, cela ne peut pas être une zone de non-droit. Il faut reprendre la main en trouvant des solutions pour les gens.

Et la rue Neuve, est-elle aussi en déclin ?

Pas vraiment, mais la question qui se pose est celle d’un geste architectural qui relance son attractivité. Une étude économique et commerciale est en cours. Si on refait l’axe De Brouckère-Bourse, il ne faut pas que ce soit au détriment de la rue Neuve.

Commerce haut de gamme dans le centre et moyen de gamme rue Neuve ?

Non. Je mise beaucoup sur l’Horeca qui crée de l’animation et a une vertu apaisante du point de vue de la sécurité. Je dis qu’il faut faire de De Brouckère le Times Square de Bruxelles. Il faut de l’animation, des grandes terrasses et que les gens profitent de la ville. Le secteur Horeca est une source de main-d’œuvre. On a une population infra-qualifiée et il y a plein de boulots qui s’apprennent sur le tas et où la proximité est utile.

Finalement c’est la Ville qui a refusé d’avoir ce stade national à l’intérieur de Bruxelles.

A la place du stade Roi Baudouin, clairement oui. Réaménager ce stade allait coûter très cher. Par ailleurs, cela voulait dire que le projet Neo ne pouvait pas se déployer au Heysel. Neo, c’est un centre de congrès, un centre commercial et des logements, l’un finançant l’autre. S’il y a un stade, on ne peut pas faire de logements et sans logements cela ne fonctionne pas. La Région a décidé de mettre ce stade sur le parking C qui appartient à la Ville. Il y a donc un apport financier de notre part : le foncier. Et je tiens à ce que cet apport soit valorisé. Qu’on ne fasse pas semblant que c’est gratuit.

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