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2014-28E. La combinaison ressemble à ces mots de passe qu'on vous envoie par mail après une inscription sur la toile. Pourtant, le problème est bien plus vaste qu'une histoire de connexion. Le 2014-28E, c'est un objet a priori insignifiant envoyé en orbite autour de la Terre au mois de mai dernier mais qui, six mois plus tard, suscite la curiosité des puissances occidentales dans un climat spatial qui hume la nouvelle Guerre froide, révèle le Financial Times.

Pourquoi a-t-il donc fallu six mois pour entendre parler de cet objet propulsé dans l'espace par la Russie ? Tout simplement parce qu'initialement, le 2014-28E avait été classé dans la catégorie "débris spatial". Soit une sorte de "dommage collatéral" envoyé en orbite lors du lancement d'une fusée destinée à ajouter trois satellites de communication de type Rodnik à une constellation militaire déjà présente dans les cieux, et destiné à errer autour de la Terre jusqu'à ce qu'une solution à la pollution spatiale soit trouvée.

Et à vrai dire, cela pourrait très bien être le cas. Ou alors, le 2014-28E pourrait tout simplement être un moyen de ravitailler en essence, voire de réparer, un satellite existant. Alors, pourquoi cette inquiétude des forces spatiales occidentales? Pour deux raisons : parce que les mouvements de cet objet volant pas tellement identifié semblent trop précis pour être fortuits, d'abord. Et parce que la Russie n'a jamais déclaré sa mise en orbite, surtout.

En pleine période de tensions entre Vladimir Poutine et l'Occident, il n'en faut pas plus pour relancer les rumeurs de Guerre froide et spatiale. Le Financial Times rappelle d'ailleurs que, si la Russie a officiellement abandonné son programme Istrebitel Sputnikov - tueur de satellite - après la chute du Rideau de Fer, les recherches dans le domaine n'ont jamais vraiment cessé de l'autre côté de l'Oural. Et de rappeler qu'en 2010, Oleg Ostapenko, alors commandant des forces spatiales russes (et aujourd'hui à la tête de l'agence spatiale russe) avait déclaré que la Russie avait repris le développement de satellites "d'inspection et de frappes". De quoi corroborer les propos d'officiers de l'armée russe, qui avaient admis que les recherches pourraient reprendre en cas de détérioration des relations avec les États-Unis.

La Russie pourrait rapidement mettre un terme à cette polémique en réagissement publiquement. Mais pour l'instant, le ministre russe de la Défense s'est refusé à tout commentaire sur le dossier. L'ambiance est décidément glaciale.