International La France perd ses «brunes »: les cigarettes mythiques Gitanes et Gauloises, prisées autant par les artistes que par les ouvriers, seront désormais fabriquées en Espagne. Ces marques emblématiques, dont les volutes de fumée ont réconforté les «poilus » dans les tranchées de la Première guerre mondiale et embrumé les cafés littéraires de Montparnasse et de Saint-Germain-des-Prés à l’âge d’or de l’entre-deux-guerres, sont délocalisées à Alicante.

«Au plus proche des consommateurs », selon la direction du cigaretier franco-espagnol Altadis, dont l’usine de Lille a définitivement fermé mercredi. Fumeur invétéré de gitanes, comme le poète Jacques Prévert ou l’écrivain George Orwell, le chanteur iconoclaste Serge Gainsbourg a célébré ses volutes bleues: «Dieu est un fumeur de havanes, tu n’es qu’un fumeur de gitanes, sans elles tu es malheureux... »

Aujourd’hui, conséquence de la lutte contre le tabagisme et de la hausse vertigineuse du prix des cigarettes, les ventes ont chuté de 21% l’an dernier en France, selon le Comité national contre le tabac.

Les habitudes ont changé, à tel point qu’au nom du «politiquement correct », des photos de fumeurs célèbres comme l’écrivain Jean-Paul Sartre ont été retouchées. Les «brunes » ont été les plus touchées.

Quelque 55 milliards de cigarettes ont été vendues en 2004 en France, dont seulement 6,28 milliards de «brunes », une chute de 28% l’an dernier, selon Altadis. Le panache des Gauloises et des Gitanes avaient déjà été entamé par la concurrence des «blondes » pendant la Seconde guerre mondiale, d’abord les blondes allemandes, puis les blondes de Virginie, arrivées avec les GI’s américains.

C’est en 1876, que la Régie françaises des tabacs lance des noms comme Odalisques, Elégantes, Hongroises, Boyards, Russes etc. Chaque marque a une version Caporal ordinaire dans un paquet bleu ciel qui, selon Didier Nourrisson, historien du tabac, représente, «dans le coeur des Français, la fameuse ligne bleue des Vosges ». «Fumer du bleu, écrit-il, devient un acte patriotique ».

En 1910, les Hongroises deviennent les Gauloises et les premiers paquets arrivent chez les 50.000 débitants de tabac. En 1925, Giot dessine leur symbole: un casque à ailettes. En 1947, c’est Max Ponty qui modernise la Gitane en s’inspirant de Nana de Herrera, une célèbre danseuse de flamenco, qui, aujourd’hui retourne à ses origines espagnoles. Malgré la fermeture de l’usine de Lille, et de cinq autres sites en France en 2004, Altadis, né de la fusion en 1999 de la Seita française et de la Tabacalera espagnole, a annoncé avoir dégagé au premier semestre 2005 un bénéfice net en hausse de 2,9% par rapport au premier semestre 2004, à 255,3 millions d’euros.

Si les «brunes » ont perdu du terrain en France, elles ont enregistré, au premier semestre 2005, une hausse de 3,5% à 212 M EUR, en particulier Gauloises, la marque phare du groupe, dont les ventes à l’international ont progressé de 10,5% en valeur, à 190 M EUR au deuxième trimestre, selon Altadis.