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Une enquête a été diligentée contre six journalistes qui avaient posté sur les réseaux sociaux des photos de leur confrère saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en octobre, lors d'une visite à Islamabad en février du prince héritier Mohammed bin Salman, a dénoncé lundi Reporters sans frontières. Dans un communiqué, RSF s'est dit "consterné" par ce nouveau cas "d'intimidation", au regard du "comportement passé de la police pakistanaise à l'encontre des journalistes dissidents".

L'ordre d'enquête, émis le 13 mars par le service cybercriminalité de l'Agence fédérale d'enquête (FIA), qui dépend du ministère de l'Intérieur pakistanais, a récemment fuité dans la presse pakistanaise et sur les réseaux sociaux.

Sollicités par l'AFP, la FIA et le ministère de l'Intérieur n'ont toutefois pas confirmé la véracité de ce document.

L'ordre d'enquête reproche aux six hommes d'avoir "conçu et exécuté" une "campagne ciblée sur les réseaux sociaux" lors de la visite mi-février de Mohammed bin Salman (MBS) au Pakistan, "envoyant un message très irrespectueux" à ce dernier.

D'après RSF, la campagne consistait "à poster fréquemment des photos de Jamal Khashoggi lors de la visite du prince héritier".

"Le gouvernement honteux d'Imran Khan a donc un problème à mettre la photo du journaliste assassiné #JamalKhashoggi sur son compte Twitter et considère que c'est contre la loi? ", s'est indigné sur Twitter Murtaza Solangi, l'un des journalistes visés.

La visite de MBS est survenue près de cinq mois après l'assassinat de Jamal Kashoggi, critique du pouvoir saoudien, au consulat saoudien d'Istanbul.

Après avoir dans un premier temps nié le meurtre, Ryad avait avancé plusieurs versions contradictoires et soutient désormais que Khashoggi a été tué lors d'une opération non autorisée par le pouvoir.

Daniel Bastard, le responsable de RSF pour la zone Asie-Pacifique, a regretté ce "harcèlement de journalistes, dont le seul crime est poster en ligne du contenu qui déplaît aux autorités".

"Ces six journalistes visés par ces enquêtes sont connus pour être virulents sur les réseaux sociaux, qui sont maintenant le seul endroit où ils peuvent s'exprimer librement", a-t-il ajouté.

D'après le Comité de protection des journalistes, une ONG, les médias traditionnels pakistanais font face à des "intimidations" croissantes de l'armée et des services de renseignement.

Des journalistes ont parfois été enlevés, battus et même tués pour s'en être pris aux militaires.

Pendant sa visite, MBS avait signé des contrats pour un montant de 20 milliards de dollars avec le Pakistan.