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Ankara n’apprécie pas la décision de la chambre des mises en accusation de ne pas traiter les militants kurdes en terroristes.

Lorsque, vendredi, la chambre des mises en accusation de Bruxelles, eut, pour la deuxième fois en un an, prononcé un non-lieu dans le dossier à charge de membres du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), nous avions laissé entendre que cela pourrait avoir des conséquences pour les relations diplomatiques entre la Turquie et la Belgique.

Cela n’a pas traîné. La Turquie a convoqué, lundi, l’ambassadeur de Belgique à Ankara, Michel Malherbe, pour protester contre la décision de la justice belge, laquelle a donc estimé que les membres du PKK inquiétés par le parquet ne pouvaient être poursuivis pour terrorisme.

"Le ministère turc des Affaires étrangères a convoqué aujourd’hui l’ambassadeur de Belgique pour lui exprimer notre désapprobation après la décision prise par la chambre des mises en accusation belge le 8 mars", ont indiqué des sources diplomatiques turques.

Vendredi, la chambre des mises avait estimé qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments pour poursuivre 36 personnes et entités accusées de liens avec le PKK pour terrorisme et leurs activités en Europe.

Ce non-lieu confirmait des décisions similaires rendues par des tribunaux belges en 2017 et 2016. Il a, sans surprise, provoqué l’ire d’Ankara, qui accuse régulièrement des pays européens de fermer les yeux sur les activités du PKK sur son sol.

"Il n’a pas été relevé d’éléments suffisants pour pouvoir conclure que le PKK était coupable d’infractions terroristes en dehors de la zone de conflit susmentionnée (conflit turco-kurde )", a établi la chambre des mises en accusation.

Une dangereuse marge de manœuvre

Ankara et ses alliés occidentaux, dont l’Union européenne, qualifient le PKK d’organisation terroriste. Le PKK mène des opérations de recrutement, de levée de fonds et de propagande auprès de la diaspora turque en Europe. "En dépit des preuves fournies par le procureur fédéral de Belgique quant à la nature terroriste du PKK, cette décision accorde, en l’état, une dangereuse marge de manœuvre aux organisations terroristes", avait réagi le ministère turc des Affaires étrangères. "Nous attendons de la Belgique, notre alliée, qu’elle agisse conformément à ses responsabilités en matière de lutte contre le terrorisme et qu’elle prenne les mesures nécessaires pour lutter efficacement contre le PKK."

M. Malherbe avait souligné que Bruxelles considérait toujours le PKK comme une "organisation terroriste". "Ceci dit, il faut accepter que la justice belge est indépendante du gouvernement belge", avait-il ajouté, précisant que le parquet fédéral de son pays étudiait la décision rendue vendredi avant un éventuel recours.