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Ce vendredi, des jeunes du monde entier sont appelés à manifester pour le climat via le mouvement Youth For Climate. Ce même mouvement qui a pris comme symbole plusieurs jeunes, majoritairement des jeunes femmes, comme la Suédoise Greta Thunberg et la Belge Anuna De Wever.

Et si les manifestations pour le climat ont lieu chaque jeudi à Bruxelles, il s’agit pour l’occasion de la deuxième grève mondiale après celle du 15 mars dernier. Une grève pour faire pression une nouvelle fois, juste avant les élections européennes. À cette occasion, le média Vice met en ligne le documentaire "Make the World Greta Again". Un slogan détourné en pied-de-nez aux politiques ouvertement climato-sceptiques, ou simplement pas assez ambitieuses, comme le dénonce Anuna De Wever. Nous l’avons d’ailleurs rencontrée à l’occasion dans les locaux de Vice à Bruxelles.

Du haut de ses 17 ans, et à l’instar de sa cadette mais source d’inspiration Greta Thunberg, Anuna De Wever ne prétend pas être scientifique, ni avoir toutes les solutions, mais elle veut une chose : que les politiques passe à l’action. Réellement. Dans la continuité de l’Accord de Paris. Entretien.

Quel a été le point de départ de votre engagement pour le climat ?

On a eu une grosse vague de chaleur en Belgique l'été dernier. Ça m'a effrayé car le changement climatique avait toujours été quelque chose de "lointain". Ce n’était pas "concret". Pourtant, j'ai toujours fait attention à l'environnement. Mais quand j'y ai été confronté directement, j'ai vraiment été effarée. Donc je suis allé aux manifestations, avec 80 000 personnes, pour demander un pacte pour rehausser nos ambitions climatiques.

Et quand j'ai vu que notre Premier ministre a pris un jet privé pour ne même pas signer ce pacte, je me suis dit "comment ça, ça peut se passer". J’étais estomaquée. On est en train de faire face à une crise existentielle et nos politiques n'ont aucun sens de l'urgence.

Je savais qu'il fallait faire quelque chose. Ma mère m'a parlé de Greta Thunberg. Je n'avais jamais entendu parler d'elle avant. J'ai vu ce qu'elle faisait. Elle est tellement courageuse, juste parce qu'elle le fait… Alors j’ai pensé qu'il fallait que je l'aide. Le mouvement n'était pas grand au début. Elle faisait sa part, je devais faire la mienne.

Comment voyez-vous le futur ?

On fait la dernière manifestation ce vendredi. On l'avait dit dès le début, on manifestera jusqu'aux élections. Quand j'étais rentrée chez moi à ce moment, je m'étais dit: "Allez, encore... 20 semaines". C'était dur, mais on a tenu nos promesses. On l'a fait. Maintenant, je vais participer à la dernière, puis passer mes examens. Après, je verrai. Mais il faut que tout soit mis en œuvre pour changer la politique climatique. Si les politiques ne font rien, ils me verront encore. Je serai activiste pour le climat pour le reste de ma vie. C'est d'ailleurs, à mon avis, la priorité pour ma génération.

Nos politiques ne pensent même pas à demain. Pas tous, mais beaucoup d'entre eux sont hypocrites. Ils ne pensent qu'à savoir comment être réélus au lieu de se demander comment rendre la société et le monde meilleur.

La particratie en Belgique est néfaste et nous empêche de trouver des solutions.

Il y a des critiques par rapport aux énergies renouvelables, par rapport aux ressources nécessaires, aux métaux, à l’efficacité, etc. C'est juste du lobbying ?

Oui, il y a beaucoup de lobbying contre les énergies renouvelables. Je le compare au sucre et à la stévia. Quand la stévia est arrivée, c'était "parfait". Mais après le lobbying pour le sucre - qui nous rend accro d'ailleurs - on n'a plus entendu plus parler de la stévia.

La politique pour les énergies fossiles est similaire. Et on finance tout cela. On n’investit pas suffisamment dans les alternatives. On est beaucoup trop en retard là-dessus. Tout est fait pour qu’on soit littéralement accros aux énergies fossiles.

Si on continue d'investir dans ces énergies plutôt que dans les alternatives, on n'avancera pas. La crise actuelle nécessite de prendre des mesures drastiques, maintenant.

Comment vous vous voyez plus tard ?

Je serai toujours une activiste politique. Pas forcément directement dans le système politique, mais j'essaierai de l'influencer. Je ne suis pas une scientifique. J'aime la politique - même si je la critique -, les structures sociales, les systèmes économiques, etc. Ennuyeux à 17 ans hein (rires). J'essaierai donc de faire en sorte que ça se passe mieux et qu'on écoute vraiment les experts. Pour que les gens arrêtent de fermer les yeux sur ces problèmes. On crie pour réveiller les gens. Car ce qui va se passer, ça impactera tout le monde. Il faut gérer cette crise comme une crise, voilà tout.